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Du vent dans mes mollets

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Filles des années 80.

Rachel Gladstein, 9 ans, angoisse tellement à l’idée de retourner en classe qu’elle dort avec son cartable sur le dos. Sa maman, qui la gave de boulettes et l’appelle « mon pois chiche », lui a appris l’essentiel : être polie et traverser dans les clous. Qu’elle s’estime heureuse, parce que son papa, au même âge, toute sa famille crevait de faim à Auschwitz. Si elle était arrivée à l’heure à la rentrée, peut-être aurait-elle eu la chance d’être la voisine de la jolie Marina Campbell. Marina, elle est blonde et sa maman est morte, alors tout le monde la plaint. C’est la chouchoute de la maîtresse, qui, elle, s’envoie en l’air avec le prof de gym.

« Votre tête, elle est toute froissée, j’ai compté 200 plis. »

Adapté du roman éponyme de Raphaële Moussafir, Du vent dans mes mollets fleure bon Le Petit Nicolas, l’humour caca-prout un chouya appuyé en bonus. Toutefois, son fétichisme nostalgique évoque davantage Le Skylab de Julie Delpy, sorti l’an passé : machine à écrire vintage, bonbons La Vosgienne, ballons Mobalpa… jusqu’au clin d’œil éculé à La Boum« Dreams are my reality ». De quoi conforter la complicité d’un spectateur évidemment ravi de pouvoir à nouveau jouer au quizz du « tu te souviens, hein, mémé ? », auquel Carine Tardieu s’avère être une élève appliquée. Ce n’est donc pas pour sa fraîcheur enfantine légèrement forcée que Du vent dans mes mollets attirera l’attention mais plutôt pour son traitement inattendu d’un sujet rarement abordé, à savoir : « en tant que femme, qu’est-ce que vous voulez qu’il m’arrive de surprenant maintenant ? ».
 
 

Devenue gironde, la maman de Rachel complexe sur son poids. Sa carrière d’ophtalmo ne lui suffit visiblement pas, et elle se demande encore comment son mari peut la désirer. Pourtant il l’aime, envers et contre tout, et surtout contre la charmante maman de Valérie. Cheveux en bataille, fantasque chercheuse au CNRS, la maman de Valérie élève seule ses deux gamins. Ses ongles de pieds multicolores ne suffisent pas à attirer les hommes pleins de merde dans les yeux, qui ont, depuis longtemps, déserté son ravissant foutoir. La maman de Rachel se méfie de la maman de Valérie. Trop bordélique et trop légère, cette historienne divorcée. Trop rabat-joie et trop possessive, cette mère poule. Trop infidèle aussi, la grand-mère de Rachel, qui a trop négligé sa fille. Trop « pute sexuelle », enfin, la maîtresse, avec ses pantalons moulants…

Toujours trop, jamais assez. Et, à part le papa de Rachel, pas un seul homme qui vaille dans les parages. Ils sont pourtant bien là, cachés derrière cette jolie liste des procès faits aux femmes par les femmes elles-mêmes… Si elle ne sentait pas si seule, la maman de Valérie n’aurait peut-être pas eu besoin de faire refaire sa cuisine par le papa de Rachel. Le papa de Rachel est peut-être gentil, mais s’il avait su rassurer sa femme avant, peut-être serait-elle plus épanouie. Mamie a négligé sa fille, mais si elle avait pu aimer son mari, peut-être serait-elle restée plus souvent à la maison. La maîtresse est méchante, mais peut-être serait-elle plus douce si elle n’avait pas ce cocard, là, au coin de l’œil. Observer le monde à travers les yeux d’une gosse n’est finalement qu’un prétexte pour la réalisatrice, qui aurait gagné à pousser plus loin le mécanisme déjà judicieusement relevé et dont sont victimes les gamines dès leur prime enfance. Car, si Rachel était arrivée à l’heure à la rentrée… peut-être aurait-elle eu la chance d’être la copine de la jolie Marina Campbell. Au lieu de ça, Rachel est devenue l’amie de la fougueuse Valérie, une rencontre qui va bouleverser son existence, lui apprenant à quel point il est inutile de se flageller. La vie, trop courte, s’en charge elle-même.
 

Titre original : Du vent dans mes mollets

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Durée : 109 mn


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