Non retenue par un élevage industriel à cause de sa couleur noire, une poule échappe à son funeste destin et trouve refuge dans la basse-cour d’un restaurant. Le volatile va alors devoir déployer une intelligence et une ingéniosité sans faille pour sauver ses plumes des griffes de la violence endémique, celle de ses congénères mais surtout celle de nos semblables.
Fable des Temps Modernes, le mécanisme de la scène d’ouverture fait d’ailleurs explicitement référence au chef d’œuvre de Chaplin-, Cocotte réussie la prouesse de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier : d’être à la fois drôle, touchant et inquiétant, sans jamais pousser les curseurs de ces différents registres trop loin, et risquer de tomber dans une quelconque facilité.
Comme le destin du gallinacé, l’axe du récit se déplace dans des cadres structurellement différents – l’usine, l’aire d’autoroute, la ferme – mais qui se rejoignent tous dans le fond, une voie apparemment sans autre issue que la mort imminente. Un déterminisme inhérent à la condition animale, telle que la société des hommes l’a décrété sans aucun état d’âme depuis la nuit des temps pour pouvoir en tirer profit. Que ce soit à échelle industrielle, dans l’élevage en batterie où la machine calibre au centimètre près les futures mères pondeuses, ou dans le poulailler où le vieux restaurateur s’empare des œufs à peine formés pour se faire une omelette. Pour bien souligner notre totale déconnexion, volontaire ou non, avec la réalité de la nature, à deux reprises la caméra s’attarde en gros plan volontairement dérangeant sur la relativement longue et douloureuse phase de ponte. Cruel contrepoint, les plans rapides où la main de l’homme n’a aucun égard pour l’instinct protecteur de la mère chaleureuse.

« La vilaine petite poule », ainsi nommée par le propriétaire de la ferme qui n’arrive pas à la garder enfermer, prend très rapidement conscience de l’hostilité des différents environnements et surtout de l’inconséquence de l’Homme. Au tout début, dans l’usine, sur l’aire d’autoroute, elle est prise dans un tourbillon de vitesse et d’engins où seuls ses pattes et son flair peuvent la maintenir en vie. Outre le rythme effréné de ces scènes, le cadrage resserré se concentre le plus souvent sur les jambes des êtres humains, et le minimum de dialogues accentuent cette déshumanisation du quotidien évoqué. Lorsque qu’elle atterrit dans un milieu champêtre, le regard de la poule prend de la hauteur, et dispose de beaucoup plus de latitude pour observer nos semblables.
Tout en étant toujours en position de victime, l’animal prend de la hauteur pour observer son environnement. En contre-champs des plans sur le visage vigilent mais stupéfait de la poule, les cadrages se font à hauteur d’homme, et même si les dialogues sont minimalistes, la violence monte crescendo. Menaces verbales et physiques, trafics d’êtres humains, meurtres : banale litanie des horreurs commises pour quelques euros de plus. Même si la référence est trop haute et pas du tout visée par le réalisateur,György Pálfi, son Cocotte emprunte un schéma similaire à celui de l’âne d’Au hasard Balthazar (1966) de Robert Bresson.
Les formidables capacités d’interprétation de la poule – incarnée par huit volatiles différents, chacun ayant son registre de prédilection – quelques savoureuses pincées d’humour contribuent à « alléger » la noirceur du tableau. Le rendant accessible à un assez large public. Une belle réussite.
Note : 3,5/5





