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Christophe Colomb, l’énigme (Cristov~ao Colombo, o enigma)

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« Christophe Colomb, l´énigme » répond à une remarquable et spectaculaire prouesse : poursuivant une oeuvre entamée en 1931, Manoel de Oliveira signe son nouveau film à l´âge très honorable de 99 ans ! Un exploit et une réussite.

Portugais, naturalisé américain, Manuel Luciano entretient deux passions dans sa vie : sa femme et l’histoire de Christophe Colomb. Convaincu que ce dernier n’était pas italien comme on le prétend, mais portugais de naissance, le personnage consacre l’essentiel de sa vie à rechercher en compagnie de son épouse les preuves qui lui permettraient d’accréditer sa théorie.

Le film de De Oliveira répond à un engouement réel. Depuis quelques années, au Portugal, est effectivement avancée l’idée selon laquelle Christophe Colomb aurait bel et bien été portugais, originaire d’un village nommé Cuba. Trois livres sont récemment parus pour défendre cette hypothèse ; Christophe Colomb, l’énigme constitue l’adaptation de l’un d’entre eux.

Le long-métrage n’est pas à proprement parler un film historique. De Christophe Colomb, nous ne voyons aucune image ; de son histoire, nous n’avons aucune reconstitution. En réalité, le film s’appuie sur la biographie de l’auteur du livre – Manuel Luciano en personne – et, par là, s’affiche avant tout comme une œuvre à teneur romanesque. Néanmoins, de Oliveira nourrit un rapport singulier avec les éléments narratifs à la base de son film. Semblant bien plus intéressé à filmer des êtres humains dans des lieux chargés d’histoire qu’à étayer la théorie dont il est question, le cinéaste conçoit le sujet de son film comme un simple prétexte.

Cherchant à conférer au Portugal une identité forte et digne de ce nom, Christophe Colomb, l’énigme s’intègre dans un ensemble de valeurs historiques bien plus larges que celles présumées par le mystère des origines du célèbre explorateur. Conçu comme un hommage au peuple portugais et à ses navigateurs, le film trace une ligne de correspondance entre les grandes découvertes menées au XVème et au XVIème siècle, d’un côté, et les importantes migrations portugaises vers les Etats-Unis du XXème siècle. Manoel de Oliveira tient à le faire savoir : loin de se confiner aux étroites limites d’un seul pays, l’esprit portugais a véritablement inséminé la nature du Monde qui nous est contemporain.

Transparaissant dans le choix des cadrages, la maîtrise de la lumière et la minutieuse composition des plans, l’habilité de De Oliveira consiste à saisir la réalité des choses sous un certain aspect irréaliste. Ainsi, au lieu de supposer la consistance et l’opacité des objets filmés ou des paroles prononcées, le film tend à renverser les zones d’ombres émises par ses propos à la lumière de sa trajectoire stylistique. Irrésolue et probablement insoluble, l’énigme de Christophe Colomb conduit le film à dévoiler les signes et à déchiffrer les symboles, mais en aucun cas à tenir un discours péremptoire et définitif. Traversant le film de bout en bout, le personnage de l’ange est précisément là pour nous rappeler que nous assistons bien plus à une fable qu’à un strict exposé scientifique.

Œuvre profondément oliveirienne, Christophe Colomb, l’énigme se contente des recettes les plus simples, des formes les plus épurées. De Oliveira est passé à ce point maître de son travail de réalisateur que toutes les images de son film renvoient en toute spontanéité à l’esthétique dont le réalisateur se porte garant depuis un bon nombre d’années. Découlant sans effort apparent d’une conception qui a déjà porté ses fruits, chaque plan porte en lui l’empreinte de la personnalité de leur auteur. Il n’est pas surprenant que de Oliveira lui-même apparaisse dans son film aux côtés de son épouse. Il n’est pas surprenant non plus que le jeune Manuel Luciano soit interprété par le propre petit-fils du cinéaste. Œuvre-testament, œuvre de l’aboutissement, Christophe Colomb, l’énigme passe non seulement pour un hymne à la patrie, mais aussi et surtout pour un film dédié à la famille, un film en l’honneur et à la gloire du lien, de l’attachement et de la filiation.

Christophe Colomb, l’énigme, évidemment, est un petit film. Cependant, sa portée est immense. D’un point de vue cinématographique, d’abord, puisqu’il s’agit probablement d’une des dernières œuvres de Manoel de Oliveira, mais aussi (ne l’enterrons pas trop vite), d’un point de vue historique. Reste aux historiens de décider après ce film si Christophe Colomb était d’origine portugaise ou pas. Le film, de son côté, aura déclenché le débat. Ayant traversé presque toute l’Histoire du septième art, le réalisateur de Non ou la vaine gloire de commander aura réussi à faire entrer l’Histoire dans le monde du cinéma.

 
Sortie le 3 septembre 2008

Titre original : Cristov~ao Colombo, o enigma

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Durée : 75 mn


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