Mettre en scène son propre drame
Comme elle le confie dans le dossier de presse du film, Zuzana Kirchnerová, dans ce film, parle d’elle-même et de son fils déficient mental pour lequel elle a dû pendant plus de quinze ans, elle a dû quitter le cinéma. Diplômée de la faculté du cinéma de Prague (FAMU) et de la faculté de droit de l’Université Charles, son film de fin d’études Bába a remporté le premier prix à la Cinéfondation (Festival de Cannes 2009). Ensuite, elle a réalisé plusieurs documentaires salués par la critique : Four of Us, The Magnificent Five, Hospital on the Front Line, ainsi que Marie in Her Head ou Ambassadors of Baroque Music. Son premier long-métrage, Caravane, a reçu le soutien de Filmová Nadace, un prix au Torino Feature Lab et a été sélectionné à l’Atelier de la Cinéfondation à Cannes. Il a été présenté en sélection officielle Un Certain Regard au Festival de Cannes 2025. Parallèlement, elle enseigne la réalisation à la FAMU et travaille actuellement sur une mini-série consacrée à l’écrivaine Simona Monyová.

Solitude et soleil
Caravane est un film assez dur sur la solitude d’une mère qui élève seule son fils David, déficient mental. C’est donc un peu sa propre vie qu’elle raconte ici, d’autant que le personnage du film et son propre fils portent le même nom comme pour un exorcisme. Caravane raconte une petite parenthèse presque enchantée dans cette vie difficile auprès d’un enfant déficient et dont il faut sans cesse s’occuper. Cet été-là, Ester rêve d’un peu d’insouciance chez des amis en Italie. Mais après une crise de David, la tension monte, et ils se retrouvent exilés dans une vieille caravane au fond du jardin. C’en est trop pour Ester. Sur un coup de tête, ils prennent la route. Quand Zuza, jeune routarde sans préjugés, embarque à leurs côtés, un trio bancal mais sincère se forme, entre joie fragile et liberté inattendue.

Espoir dans la nuit
C’est pour le soleil, et des raisons sans doute personnelles que la réalisatrice a choisi de filmer cette histoire en Italie, en commençant par l’Émilie Romagne, au Nord, pour finir en Calabre. Ce film qui met quand même assez mal à l’aise du fait de la relation presque fusionnelle entre la mère et son fils, surtout qu’il approche de l’adolescence, est tempéré par les couleurs, la mer, les reflets, les gens rencontrés au cours du voyage et, surtout, l’Italie qui l’éclaire et lui donne au moins pour un temps un peu d’optimisme. Mais, et la fin en est comme la prolepse lorsque l’enfant sort de la caravane et disparaît dans la nuit. Elle va le chercher longuement, folle d’inquiétude, on se doute bien que le calme relatif de l’été n’augure rien de bon pour la suite de l’histoire puisque le fils d’Ester va bientôt devenir un jeune adulte avec toutes les questions qui vont se poser.

Un film malaisant
Le film, en effet, met souvent mal à l’aise le spectateur par les situations de proximité, les gestes de tendresse ou de violence dissipés, mais aussi la manière dont Zuzana Kirchnerová filme les corps, et la nudité. Elle en a conscience : « Je préfère quand le spectateur peut se promener à l’intérieur du film. Il y a aussi cette dimension du corps. Le réel, c’est d’abord le corps. » et le confie elle-même dans le dossier de presse de ce film particulièrement soigné au niveau de la lumière (Simona Weisslechner et Denisa Buranová) et des actrices et acteurs, à commencer par le jeune David (Aňa Geislerová David Vodstrcil et Juliána Brutovská). « Pour moi, un acteur ne doit jamais jouer. Il doit être, et pour qu’il soit ce qu’il est, il faut créer les conditions de confiance, d’abandon. Je ne donne presque jamais de directives psychologiques, je préfère leur parler de rythme, de respiration, de mouvement que ce soit avec David Vostrčil qui souffre d’un trouble autistique ou avec une comédienne aussi aguerrie et renommée qu’Aňa Geislerová. »






