Avant la fin de l’été

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Premier film entre documentaire et fiction, « Avant la fin de l’été » de Maryam Goormaghtigh, est à voir de toute urgence.

Présenté dans le cadre de la sélection de l’ACID (Association Du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion) du Festival de Cannes 2017, le premier long métrage de la jeune réalisatrice suisse d’origine iranienne Maryam Goormaghtigh, disons-le d’entrée, est un très beau film. Doux, sensible, profond et léger à la fois, subtil, c’est un documentaire qui sonne tellement juste que l’on a la sensation souvent qu’il s’agit plutôt d’un film de fiction. C’est par cette sensation même de justesse donnée par le sentiment que les personnages oublient totalement la caméra (même dans des scènes écrites, puisque le film n’est évidemment pas une improvisation intégrale), qu’Avant la fin de l’été est si remarquable. Notons que c’est généralement la force du documentaire que d’arriver à capter un maximum de vérité chez une personne, mais c’est question de savoir-faire et de talent chez le cinéaste et il arrive parfois que la caméra soit un obstacle à cette captation de vérité, d’authenticité.
Pour Goormaghtigh, en l’espèce, nulle embûche de ce type. Parti d’une rencontre imprévue avec trois étudiants iraniens à Paris – les trois protagonistes du film -, son projet commence en filmant des discussions impromptues avec eux. Puis, la cinéaste se rend compte que ces échanges recèlent des questions cruciales – comme celle notamment de choisir entre rester en France ou rentrer en Iran -, à l’oeuvre chez ces déracinés. Germe alors l’idée du film chez la jeune réalisatrice et c’est à partir de ces questionnements en même temps que naîtra, dit-elle dans le dossier de presse, un véritable coup de foudre pour ses trois sujets.

 


Sur la route

Le film va se passer sur la route avec notre cinéaste et les trois amis dans une vieille Renault Espace en direction du sud de la France. À rebours des road-movies américains – Avant la fin de l’été fait plutôt penser au génial Plein de Super (Alain Cavalier, 1976) – le film à aucun moment ne passe par la violence ou la noirceur des sentiments. L’errance toute bucolique des trois garçons n’est jamais empreinte de colère, ni de dureté. Il s’agit plutôt de l’évocation simple de moments d’amitié, de rencontres avec des inconnu(e)s au gré d’un périple qui résonne aussi pour chacun des trois garçons comme une quête de soi, sans jamais qu’une individualité ne se détache du trio et ne cherche à se démarquer. La réalisatrice capte par petites touches délicates et sensibles le véritable sentiment de l’amitié. La virée est jalonnée d’étapes au cœur de la « France profonde » et sur le littoral méditerranéen, qui sont autant d’occasions de séquences remplies de poésie par leur simplicité et leur vérité documentaire. Comme ces scènes dans une fête foraine où Arash et une jeune fille rencontrée au hasard de la route volent dans la nuit sur un manège de balançoires lumineuses et tournoyantes. À l’instar de cette séquence lyrique et hyper réaliste dans un même mouvement, le récit de Goormaghtigh ne se départit jamais d’une grande finesse comme lors de cette autre scène où Ashkan, lors d’une fête de village, se trouve démuni pour aborder une jeune femme qui pourtant n’attend que cela.

 

Pays natal

Néanmoins cette virée va bien au-delà de la chronique de vacances improvisées entre amis. La question très grave du déracinement en est en fait le sujet central. Sujet universel, s’il en est, c’est aussi une question bien concrète qui se pose à Hossein sous la forme d’un cruel dilemme lorsqu’on apprend qu’il doit effectuer 3 ans de service militaire en Iran sous peine de voir sa famille à Téhéran être dépossédée de sa maison laissée en caution pour garantie du retour du sursitaire… Ou lorsque Arash évoque la difficulté de tisser des liens dans un autre pays que le sien. Le cas de conscience d’Hossein tout comme le vague à l’âme d’Arash, évoqués chacun très délicatement sans en faire le moins du monde des psychodrames, font partie des petits signaux que la réalisatrice a semé ici où là au cœur de son film pour évoquer le drame du déracinement, du mal du pays, comme du désir paradoxal de rester éloigné de ce pays natal. Ainsi il y a ce spectre de l’Iran qui traverse le film de part en part au gré des discussions ou comme avec ces incursions furtives dans le champ d’images du désert iranien alors que la voiture file au travers de paysages du Languedoc, donnant parfaitement l’idée que pour les trois jeunes iraniens leur terre natale est une donnée intime incessible. Là encore, Maryam Goormaghtigh procède avec une extrême finesse pour évoquer un sujet qui peut-être douloureux pour tout individu parti loin de chez lui et des siens.

En définitive nous pouvons dire que ce premier long est une très belle réussite. Son auteur a accordé son sujet avec un genre (le road-movie) qui s’est révélé parfaitement adéquat. Car l’errance, la balade, le voyage, sont propices à la quête. Quête de soi mais aussi quête de l’Autre ; pour tenter de répondre aux questions essentielles ou même futiles qui nous taraudent. La route, le déplacement dans l’espace, à pied, en voiture, en moto, plutôt que de rester statique aide à faire le point, à découvrir des horizons qu’on ne soupçonnait pas comme à faire la paix avec soi-même.
 

Titre original : Avant la fin de l'été

Réalisateur :

Acteurs : ,

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Genre :

Durée : 80 mn


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