Alabama Monroe

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Adaptation très réussie d´une pièce de théâtre, « Alabama Monroe » remporte son pari : faire vibrer les cordes de banjo autant que les coeurs pour un long métrage touchant et juste.

Musique et cinéma font depuis longtemps un bon mélange. Alors que certains réalisateurs mettent au profit la musique au détriment de l’histoire, d’autres s’accordent à mélanger les deux afin de créer une meilleure harmonie cinématographique. C’est le cas du jeune réalisateur Felix Van Groeningen qui, pour son quatrième long métrage, n’hésite pas à mettre ses acteurs sur scène, les faire chanter, s’aimer, se haïr, se retrouver. Comme une longue partition, le scénario de Alabama Monroe repose sur le bon accord de deux âmes artistiques, Didier et Élise. Lui, carrure impressionnante, mâchoire carrée, barbe dense et tenue de cowboy, chante avec son groupe de bluegrass country et ne vibre au quotidien que pour ça. Elle, silhouette fine, cheveux blonds et sourire divin, travaille dans une boutique de tatouages et s’amuse à s’en graver sur le corps à chaque rupture. Leur couple atypique se nourrit d’amour et de musique où très vite Didier fait venir sur scène son âme sœur. De la caravane où dort Didier à la ferme qu’il retape pour installer sa future petite famille, il n’y a qu’un pas. Le temps passe dans cette Flandre aux allures américaines, à l’esprit authentique et country. Et puis le duo devient trio quand Maybelle vient au monde. Petite fille au sourire perpétuel, elle est leur joie de vivre, le fruit de leur amour et surtout, de leur désir.

 


© Pandora Filmverleih
 
Dans la continuité de La Merditude des choses (2009) et surtout de Steve + Sky (2004), Felix Van Groeningen sait sublimer ses personnages. Comme un écrivain, ils détaillent leur quotidien avec un certain lyrisme, leur donne un objectif, ou tout du moins une constance. Il les nourrit ensuite d’une force capable, dans les pires situations, de dépasser l’envisageable, le raisonnable. Didier, personnage interprété par l’excellent acteur flamand Johan Heldenbergh, est le cœur de Alabama Monroe. Déjà comédien dans la pièce de théâtre dont est inspiré le film, The Broken Circle Breakdown Featuring the Cover-Ups of Alabama, véritable succès en Belgique, il donne à son personnage un air de tragédie, des émotions très brutes, très intenses. Que ce soit dans les scènes de sexe torrides avec Élise, dans sa manière de poser sa voix pour donner une musique bluegrass puissante et émouvante ou dans son rôle de père de famille qui n’arrive pas à affronter la mort, l’acteur est sur tous les plans puissant. Pour compléter ce personnage charismatique, il fallait pour le réalisateur trouver une actrice capable de jouer un personnage féminin attachant et drôle, sexy et profonde. Le choix de Veerle Baetens n’était pas une évidence. L’actrice flamande a interprété l’équivalent de "Ugly Betty" dans son pays. Comment passer d’une actrice télé ridicule à une femme fragile, tatouée et torride ? En ce sens, le réalisateur est épatant. Son casting terminé, le film est tourné en respect de la pièce de théâtre, la musique, essentielle au récit, ne venant que ponctuer, appuyer le mélodrame. Cette musique est juste et ce sont les acteurs eux-mêmes qui s’y collent en interprétant chaque morceau de leur propre voix, entraînés bien avant le tournage par un professionnel, Björn Eriksson.

Même s’il est difficile pour le réalisateur d’évoquer tous ces thèmes, l’amour, la vie, la mort, la parentalité, Felix Van Groeningen use d’un montage à la fois romantique et malin. La rencontre, puis l’amour, puis l’enfant, puis la scène et enfin, la tragédie, le film s’étend en tranches de vie, devient fluide grâce à des sessions sur scène face à un public, le rythme allant crescendo, les émotions aussi. Par un jeu de lumières très réussi, l’atmosphère du film est particulière. À la manière d’un Bertrand Tavernier pour son film Dans la brume électrique (2009) ou encore d’un Jacques Audiard pour De battre mon cœur s’est arrêté (2005), le réalisateur flamand joue sur la corde sensible, les univers sombres mais aussi intenses, des sentiments justes, des poursuites, des mouvements. Depuis que le film est sorti sur les écrans belges, le réalisateur et ses acteurs ne cessent de tourner en chantant à guichets fermés la bande originale, dont l’album est resté plusieurs semaines en tête des ventes. C’est ce que l’on peut souhaiter de mieux à cette réalisation, dépasser le cadre du cinéma pour envahir celui des salles de concert. Alabama Monroe serait-il l’antidote contre la morosité ? En tous cas, le film est un bel hommage à une musique peu connue en France : le bluegrass country.

À lire : l’entretien avec Felix Van Groeningen. 

Titre original : The Broken Circle Breakdown

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Durée : 112 mn


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