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A Swedish Love Story (En Kärlekshistoria – Roy Andersson, 1969)

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Ressortie en version restaurée de « A Swedish Love Story », le premier long métrage de Roy Andersson. Assez loin des mélancoliques « Chansons du deuxième étage » et « Nous les Vivants », le film ne propose aujourd’hui qu’un intérêt limité.

Deux jeunes gens âgés de 13 et 15 ans se rencontrent au détour d’une sortie en famille et tombent amoureux l’un de l’autre. Semée de doutes, de conflits et de jeux amoureux, leur histoire donne l’occasion à Roy Andersson de brosser le portrait pudique d’une jeunesse en émoi. Pär et Annica ont tout de l’adolescent standard. Ils fument, boivent, sortent, draguent et affichent leur indépendance. Sorte de rebelle en herbe, le garçon ne se déplace jamais sans sa moto, son blouson noir et ses amis. Se considérant déjà comme des adultes, les personnages en réalité ne connaissent rien à la vie, ne sont encore que des enfants. Le début du film le souligne avec humour : Pär, sur sa moto, se fait doubler par un coureur cycliste…

L’amour, évidemment, va les faire mûrir. Les deux personnages sortent progressivement de leur cocon familial, et commencent à voler de leurs propres ailes. Andersson filme avec finesse les premiers sentiments amoureux, la légèreté qu’ils procurent, les déchirements qu’ils provoquent. Les personnages se transforment, se découvrent et apprennent sur eux-mêmes. La timidité des débuts laisse place à une véritable passion. Cherchant à mettre en relief la pureté des sentiments éprouvés par les deux jeunes tourtereaux, Andersson compare implicitement leur situation amoureuse avec celle de leurs parents respectifs. Les uns passent leur dimanche à se préoccuper de la défectueuse installation des portes battantes donnant sur leur salon ; les autres se détruisent à petit feu en échangeant continuellement les pires méchancetés. La détresse reflétée par le monde des adultes tranche avec le trop grand bonheur éprouvé par les adolescents. Le film en devient troublant : se pourrait-il que ces deux jeunes gens viennent un jour à ressembler à leurs parents ?

 

Conjuguant sentimentalisme avec naturalisme, le film se contente des choix de mise en scène des plus modestes et des plus accessibles. Réduite à de simples jeux de regards, la scène de rencontre entre les deux protagonistes principaux parvient à illuminer sur ce principe l’un des motifs les plus exploités du cinéma. Il est dommage que le film tende assidûment, par la suite, à flirter avec le mielleux. Ne paraissant pas totalement en phase avec son sujet, Andersson signe une surprenante séquence finale. Nettement, celle-ci se détache de tout ce qui la précède. Profitant que le jeune couple batifole à l’écart des regards indiscrets, le réalisateur focalise son attention sur les rapports psychologiques entretenus par les adultes. Empreint d’un fort désabusement, l’ultime passage du film donne au récit une profondeur dramatique inattendue et un tant soit peu inespérée. De par son traitement et sa tonalité, ce petit film dans le film annonce les œuvres postérieures du cinéaste.

Souvent plat et monotone, A Swedish Love Story peine à développer les points les plus intéressants de son scénario. S’attardant sur les aléas de la relation amoureuse, le film perd de vue les possibilités poétiques dont le récit, par souci de consistance, se serait bien nourri.

Titre original : En Kärlekshistoria

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Durée : 115 mn


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