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Wall Street

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Concept casse-gueule dynamité par la fougue maîtrisée d´Oliver Stone, « Wall Street » s´attaque au système économique moderne et à sa dangereuse virtualité.

Oliver Stone est l’un des rares réalisateurs à construire des longs métrages aux allures de blockbusters sur des sujets purement politiques. Explorant ainsi les facettes majeures de l’histoire de l’Amérique moderne comme la guerre du Vietnam, le 11 septembre et même le football avec L’Enfer du dimanche, le réalisateur de Platoon s’attaque dès 1988 au système économique de son pays.

Pas évident pour autant d’imaginer l’austère univers boursier traité comme un thriller flamboyant et haletant. Aborder un blockbuster avec des costards cravates qui papotent gros sous à l’aide dans un jargon économique de la pire espèce n’est en effet pas une mince affaire. Stone, didactique, relève le défi en restituant la vitesse grisante des échanges boursiers qui vont peu à peu créer de la dramaturgie au sein du métrage. La caméra, alors en perpétuelle rotation, suit l’ascension de Bud Foxx dans le monde de la finance, sous l’oeil vénéneux de l’investisseur trouble, Gordon Gekko. Cette figure de substitution d’une image paternelle corrompue qu’est Gekko (interprété par un Michael Douglas très fun) pour Bud inaugure un nouveau monde, celui de l’arrogance et du règne de l’ego.

Ce sont donc les enjeux humains qui dictent l’intrigue principale de Wall Street, notamment le triangle moral formé par Bud, son père vertueux et la figure faustienne de Gekko qui stigmatise le monde de ce que l’on appelait alors les « yuppies ». Ce classique conflit générationnel (toujours pratique pour évoquer une parcelle de modernité) va également s’immiscer dans la tournoyante mise en scène d’Oliver Stone à travers de perpétuels travellings autour des personnages. Cette esthétique du mouvement qui vient dynamiter un univers visuel a priori statique, vise plusieurs effets : les personnages sont dépassés par leurs actions respectives et l’univers instable qui les entoure. Exactement à la manière d’un parieur fou, Bud Foxx s’ennivre à la fois d’un monde où tout peut basculer à chaque seconde, de sa propre culpabilité qui ne fait que croître et enfin de son statut social en pleine explosion.
Berné par le tout virtuel des mouvements boursiers, le personnage interprété par Charlie Sheen sera vite ratrappé par les conséquences bien réelles de ses actes. Le scénario, au final linéaire et sans surprise, ne fait pas de Wall Street le thriller nerveux que l’on pouvait attendre mais construit plutôt une marche tragique qui n’est jamais plus touchante que dans ses scènes intimistes. La présence de Martin Sheen dans le rôle du père de Bud Foxx n’y est pas pour rien et renforce l’authenticité de la relation père-fils et l’intérêt du récit pour celle-ci. La satire de l’univers boursier paraît aujourd’hui bien polie et limitée aux vues des affaires spectaculaires qu’a connu le XXIe siècle, d’où certainement la motivation de Stone à reprendre le concept de son film et son cinglé de Gekko plus de vingt ans après. Wall Street : L’argent ne dors jamais pourrait en tout cas bien être l’un des divertissements les plus pertinents de l’année, s’il n’évacue pas la dimension humaine de son aîné.

Titre original : Wall Street

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Durée : 122 mn


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