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Voyage sans retour

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Le début, le milieu et la fin d’une romance dans un drame sans sentimentalisme facile.

En cette année 1932, les spectateurs américains auront eu le plaisir d’apprécier la complicité du couple William Powell/Kay Francis dans la délicieuse comédie de William Dieterle, Jewell Robbery, et cette alchimie s’avérera tout aussi forte dans le registre plus dramatique de ce Voyage sans retour. Le postulat aurait pu tirer l’ensemble vers une tonalité mélodramatique trop appuyée mais cette romance va prendre un tour aussi subtil que poignant. On démarre par un classique « boy meets girl » autour duquel viendra se greffer tout le background des personnages. Ils n’existent l’un pour l’autre que par ce moment où Dan (William Powell) est bousculé dans un bar de Hong Kong par la belle Joan (Kay Francis) et que le charme opérera entre eux dès cette brève rencontre. Ils chercheront tout au long du film à retrouver cette étincelle et cette complémentarité fugace, quel qu’en sera le prix. Et il sera lourd, tant tous deux sont des êtres en sursis : condamné par la loi pour Dan, coupable d’un meurtre et escorté en bateau jusqu’à San Francisco par le flic dur à cuire Steve Burke (Warren Hymer) ; par son corps pour Joan, qui souffre d’une maladie incurable et qui n’a plus que quelques mois à vivre.

Cette traversée en bateau sera donc le commencement, l’épanouissement et la fin de leur histoire d’amour, sans qu’aucun d’eux n’ose jamais l’avouer à l’autre. Ce moment exaltant vaudra bien tous les risques qu’ils sont prêts à prendre. En dépit de son geôlier patibulaire, Dan aura ainsi plusieurs fois l’occasion de s’évader avant la destination fatale mais les circonstances et ses sentiments l’empêcheront toujours de s’éloigner de Joan. Celle-ci pourrait prolonger ses jours en se ménageant mais plutôt que de survivre enfermée dans un sanatorium, elle préférera user de ses dernières forces pour vivre pleinement cette romance. Tay Garnett fait preuve d’une finesse rare, en ne tombant jamais dans un sentimentalisme facile. Point besoin de violon, de larmes ou de péripéties forcées quand un échange de regards entre William Powell et Kay Francis suffit. Après le coup de foudre initial, ce sera toujours ce motif qui ramènera les protagonistes l’un vers l’autre. Alors que Dan semblait pouvoir réussir une fuite audacieuse, la vision de Joan parmi les passagers du bateau le ramène à bord. L’énergie et l’allant de Joan subsiste tant qu’elle est en compagnie de Dan, mais elle menace de s’effondrer dès qu’il semble lui échapper. L’amour est une plénitude et une malédiction que nos héros semblent prêts à vivre car ils savent déjà que ce sera pour eux la dernière fois, sans pour autant deviner que l’issue tragique leur sera commune. Garnett traduit toute cette palette de sentiments par la grâce de ses interprètes qu’il n’a de cesse de magnifier.

 

 

Toute malice disparaît des traits sévères de William Powell pour laisser place à une expression faite d’apaisement et de regret. Les souffrances de Kay Francis ne semblent plus exister lorsque ses yeux clairs s’illuminent à la vue de Dan. Les gros plans sur leurs visages nimbés, en cela sublimés par la photographie immaculée de Robert Kurrle, les dotent d’une grâce de tous les instants. Lorsque Garnett daigne les réunir dans le cadre, la magie opère tout autant, que ce soit dans un versant sobre et intimiste – Dan et Joan accoudés vus de dos à observer l’horizon côte à côte – ou au contraire, dans un versant flamboyant et passionné – le baiser sur le sable lors de l’escale à Honolulu. Les évènements ne semblent jamais submerger ce couple choisissant d’aller individuellement à sa perte pour mieux vibrer à deux : ainsi, pas d’éclats lorsque la vérité sera tardivement découverte, la séparation se faisant aussi sobre que poignante. C’est ce sentiment d’inéluctable résigné mais passionné qui fait toute la beauté du film, Garnett laissant une seconde chance à travers la rencontre du policier et l’arnaqueuse jouée par Aline MacMahon.

Titre original : One Way Passage

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Durée : 68 mn


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