Vampires et loups-garou des studios Universal, 5 films disponibles chez Elephant.

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Malédiction et insatiable besoin de sang au programme.

Loups-Garou et vampires possèdent en commun une soif de sang et de chair incontrôlables. Dans les salles obscures, alors que la figure du loup-garou ne fit que quelques courtes apparitions durant la période du muet, le vampire des Carpates  hanta de sa seule personne  les nuits des spectateurs dès 1931 avec le Dracula de Tod Browning incarné par le magistral Bela Lugosi. Les cinq films de la collection Monster Club – deux pour chacun en solo et un qui les réunit- redonnent vie aux petits joyaux d’ Universal Studio, des variations autour des mythes séculaires toutes aussi essentielles les unes que les autres.

Le monstre de Londres (1935) : Matrice d’un mythe

Si nous devions ne choisir qu’un titre parmi l’ensemble, le choix porterait probablement sur le métrage de Stuart Walker. Le monstre de Londres brille autant par sa fluidité pour mixer les genres que par son aisance à poser les bases d’une mythologie cinématographique. Débutant comme un film d’aventure exotique – proche de l’univers des Tarzan -, le récit exporte le monstre dans la haute-société londonienne, imbue et figée dans ses préjugés victoriens.  Tout en multipliant les incartades drolatiques – les deux logeuses avinées en premier lieu -, le fantastique et l’horreur ne ménagent pas leurs effets. Avec une intelligence rare et un sens certain de l’épure narrative sont rappelés ou expliqués à l’intelligence du public les présupposés de ce type de spectacle : rien n’est incroyable pour celui qui est prêt à croire à l’improbable.

Aujourd’hui encore d’une étonnante modernité, Le monstre de Londres s’apprécie pour son pouvoir d’inspiration. John Landis avec son culte et somme Loup-Garou de Londres (1981) en est la plus belle des preuves.

 

She Wolf of London (1946) : La femme est un loup comme les autres ?

Dans ce  véritable condensé de suspense – moins de 75 minutes -, le mythe du loup-garou est un pré-texte – inutile de rappeler longuement l’origine du mal – et un prétexte – le monstre ne sera jamais à l’image – pour développer une intrigue qu’aurait pu écrire Conan Doyle ou mettre en images Alfred Hitchcock. S’inspirant de Rebecca (1940) et/ou deSoupçons (1941), se trame une habile variation sur le doute. Culpabilité, folie ? Les monstres sont-ils dans notre esprit ou dans notre entourage ? D’une beauté classique indémodable, la mise en scène se révèle diablement efficace. Des personnages féminins qui rendent diablement pale la seule véritable figure masculine du film ; on appréciera l’initiative.

 

La fille de Dracula (1936)  : Soif d’amour éternel

Au même titre que dans She Wolf of London, le registre horrifique s’épanouit davantage en arrière-plan. Beaucoup plus vamp que vampire dans ses robes moulantes légèrement échancrées, la comtesse Marya Zaleska (Gloria Holden), héritière maudite du prince de la nuit, erre comme une âme en peine, toujours en quête de sang frais, mais bien plus désireuse de satisfaire ses désirs saphiques – elle photographie ses jeunes et belles victimes dénudées avant d’en apprécier leur sang – tout en trouvant également un compagnon masculin pour l’éternité. Vaporeuse célébration des désirs féminins, tragique destin sublimé par une photographie proche du réalisme poétique du cinéma français des années trente, bien avant Only lovers left alive (Jim Jarmusch, 2013), l’éternité ne vaut d’être vécue sans amour.

 

Le fils de Dracula (1943)  : La mariée était en noir

Œuvre des deux Siodmak – Robert à la caméra, Kurt à la plume -, Le fils de Dracula délocalise le mythe en Louisiane – l’idée n’aurait-elle pas inspirée Anne Rice pour Entretien avec un vampire ? Au programme un scénario retord dans la grande tradition  des films noirs, Le facteur sonne toujours deux fois en termes de machination, qui placerait presque le vampire comme une pauvre victime.

Peinant à dissimuler son identité sous l’anagramme d’Alucard – les studios Hammer reprendront ce jeu de lettres dans Dracula 73, Alan Gibson, 1972 – l’héritier du Prince des Carpates (Lon Chaney Jr.) se retrouve surpassé sur son propre terrain, fasciner pour mieux régner. Ce récit qui malmène l’institution du mariage est mis en valeur par une atmosphère entre chien et loup, ponctué d’apparitions très réussies, un beau cauchemar éveillé.

 

La maison de Dracula (1945) : La maison des damnés

Désireux de vaincre la malédiction qui coule dans leurs veines, Dracula et le loup-garou trouvent refuge chez un savant médecin susceptible de les guérir. La créature de Frankenstein est également de la partie dans ce multivers avant l’heure. Nul doute qu’un tel rassemblement (dirigé par Erle C. Kenton) répond à une volonté de rameuter le plus grand nombre de spectateurs-disciples dans un même théâtre. Pour autant, l’intérêt reste entier. Plus encore que dans les précédents titres que nous venons d’aborder,  chaque mort-vivant mérite notre compassion. Des coupables sanguinaires qui sont d’abord victimes d’une malédiction. John Carradine en vampire et Lon Chaney Jr. reprenant ici son apparence de lycanthrope, expriment avec dignité et puissance les stigmates de leur maladie. L’un des deux tente même de se suicider. En vain. Mourir pour mieux revenir nous tourmenter, les mythes son éternels, depuis plus d’un siècle nous les accueillons avec bonheur sur nos écrans.

 

Dans la collection Monster Club de chez Elephant Films, les cinq titres suivants sont disponibles en DVD ou Combo DVD/ Blu-Ray

-Le monstre de Londres

She Wolf of London

La fille de Dracula

Le fils de Dracula

La maison de Dracula

 

 

 

 

 

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