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Les Fils de l’homme (Children of men)

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Londres, 2027 : l’humanité est au bord du chaos. Un fléau effroyable s’est abattu sur le monde : la stérilité. Cela fait déjà 20 ans que l’on n’a pas entendu un seul cri de nouveaux-nés. Le plus jeune enfant de la planète est mort et c’est un deuil national. C’est dans cette ambiance morose, post-apocalyptique […]

Londres, 2027 : l’humanité est au bord du chaos. Un fléau effroyable s’est abattu sur le monde : la stérilité. Cela fait déjà 20 ans que l’on n’a pas entendu un seul cri de nouveaux-nés. Le plus jeune enfant de la planète est mort et c’est un deuil national. C’est dans cette ambiance morose, post-apocalyptique et sur fond d’attentats et de guerres de religions, que Théo, homme torturé et hanté par la mort de son fils, décédé 20 ans plus tôt, se débat avec son existence. Apprenant de son ex- femme, devenue chef d’une faction terroriste contestataire, l’existence d’une femme enceinte, il fera tout pour la préserver du chaos en l’aidant à rejoindre une organisation appelée projet humanité.

Fort de ce postulat, Alfonso Cuaron choisit de jouer à fond la carte du film intimiste, refusant la destruction à grande échelle (elle se situerait plutôt hors champ). Portée par un script en béton et des comédiens incroyables (Clive Owen en tête), la dernière œuvre du mexicain, qui avait signé avec Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban (2003) l’opus le plus intéressant et le plus inspiré de la saga, va droit à l’essentiel, c’est-à-dire vers l’émotion à l’état pure. Inspiré d’un roman de P. D. James, le film ne se contente pas d’être une reconstitution aseptisée et sans âme du Futur. Au contraire, le monde dépeint par Cuaron reflète énormément de celui dans lequel nous vivons. Fort d’une mise en scène sèche et nerveuse et contrastant avec les quelques moments d’accalmies parsemant le film, Les Fils de l’homme est avant tout une œuvre profondément mystique.

Le fléau dépeint dans le film pourrait être perçu comme une punition divine d’une humanité amenée à disparaître. Le message est clair et place d’emblée le spectateur dans un sentiment d’immersion qui ne le lâchera plus jusqu’à la fin. Immersion d’autant plus renforcée par le choix d’une caméra à l’épaule collant au plus près des personnages et de leurs sentiments. Ici, nous assistons au chaos mais du point de vue des personnages, à hauteur d’homme. Certaines séquences rappellent les images entrevues du journal télévisé et contribuent à renforcer l’aspect documentaire de l’œuvre. Cet aspect du film est poussé à son paroxysme lors d’un plan séquence paraplégique sidérant de réalisme et à l’impact jouissif qui voit le héros se précipiter dans un bâtiment assiégé par les forces de l’ordre pour récupérer la jeune femme enceinte.

Imprévisible, âpre et violent, le dernier film d’Alfonso Cuaron est un uppercut, une œuvre majeure de la SF post-apocalyptique au même titre que Soleil vert de Richard Fleischer (1973), œuvre visionnaire en son temps mais traitant d’un tout autre sujet. Emmenant le spectateur sur un terrain inconnu et l’amenant à se poser des questions sur l’état du monde qui l’entoure (le concept d’attentats et de guerres de religions est d’actualité), Cuaron évite la grandiloquence visuelle et spéculative (ici, point de véhicules volants ou autres accessoires futuristes) et fait preuve d’une véritable humilité dans sa mise en scène comme dans son propos. Certains puristes feront la moue mais le résultat est plus que convaincant ; Cuaron sait alterner naturalisme et pure vision d’un chaos propre au genre qu’il investit. Et c’est ce qui rend l’œuvre à ce point crédible et à mille lieux d’un univers aseptisé comme celui du Cinquième élément (Luc Besson, 1996).

Même si on peut finalement rapprocher le film de ce dernier, notamment en ce qui concerne le concept de quête et de l’accès à la spiritualité, il n’en est rien d’un point de vue visuel. Le cinéaste adopte un concept purement SF dans un monde similaire au nôtre et renforce l’idée de prémonition. Entre un quotidien déprimant et un environnement concentrationnaire, Les Fils de l’homme nous fait penser au New-York 1997 de John Carpenter dans sa volonté de dépeindre une société totalitaire enfermant les laissés pour compte et les criminels dans une cité-bunker ressemblant fortement à la Grosse Pomme. Mais, contrairement à Carpenter, Cuaron refuse l’icônisation outrancière de ses personnages.

Des personnages touchés par la grâce, presque anonymes, simplement voués à se battre coûte que coûte pour préserver l’humanité de la perdition. De ce fait, il rompt avec les conventions propres à ce genre, de par le traitement des personnages (qui pourraient être vous et moi) et du réalisme dont fait preuve la mise en image, tout en insufflant un sentiment de fin du monde presque palpable, puisque abordé de manière frontale et sans concession.

Titre original : Children of men

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Durée : 110 mn


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