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Inception

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« Inception » est probablement « le » film-somme de Christopher Nolan, cinéaste obsédé par l’illusion. Mais sa belle idée de « voleur de rêves », pour impressionnante qu’elle soit, n’ose pas s’extraire des chemins balisés du blockbuster. Dommage.

Nul ne s’étonnera que Christopher Nolan, cinéaste obsédé depuis toujours par l’illusion, s’attaque cette fois à la « science des rêves ». Rien à voir, néanmoins, avec la mélancolie artisanale d’un Michel Gondry. Blockbuster à la fois introspectif et spectaculaire, Inception, son nouvel opus labyrinthique, ressemble à s’y méprendre à ce qu’il est d’usage d’appeler un film-somme. Un accomplissement réel, et pourtant moins vertigineux, in fine, qu’il n’y parait : c’est dire si la thématique des apparences, quoi qu’il en soit, est pertinente chez lui.

De jeux de miroirs en intrigues superposées, d’accélérations brusques en apesanteurs gracieuses : on l’a rarement senti aussi à l’aise, voire enthousiaste, en tout cas ! En fait, la sophistication étrange et déstructurée du rêve semble avoir été « inventée » pour sa mise en scène, très visuelle, toujours virtuose. Son histoire, en outre, s’ajoute idéalement à une suite de scénarios bâtis, depuis Following en 1998, sur la manipulation, la distorsion du temps et… la faille.

 

« Voleur de rêves »

Privilégiant jusqu’alors le thriller sec (génial Memento) ou iconique et désespéré (superbe The Dark knight), voici qu’avec Inception, Nolan emprunte les chemins balisés du film d’action – et même du film de braquage – pour mieux tisser sa singularité autour d’un voleur étonnant, Dom Cobb. Celui-ci, solidement interprété par Leonardo DiCaprio, est capable, tout « simplement », d’entrer dans les rêves d’une personne afin d’en extraire ses secrets ! On imagine sans peine la multiplicité des voies offertes par cette très maligne idée… Ainsi, chacune des missions de ce mercenaire relève du voyage mental, mais aussi de la pure mise en scène (tiens donc !), puisqu’il reconstitue de façon hyper réaliste les rêves de sa victime qui devient, dès lors et bien sûr, incapable de différencier le songe de la réalité…

On voit bien à quel point, sur la forme comme sur le fond, tout ceci concorde avec les marottes de Nolan. Auteur s’il en est. D’ailleurs, ce film de quelque 2h30 révèle comme jamais, peut-être grâce à cette durée, ce qui le travaille essentiellement : à savoir le cinéma lui-même, pays des illusions par excellence ! On peut même dire qu’Inception s’apparente à un rêve de cinéphile… Un hommage au Blade runner (probablement fondateur de son univers) de Ridley Scott, un autre au Kubrick de 2001 l’odyssée de l’espace, un clin d’oeil à l’inquiétante étrangeté des cauchemars soyeux de David Lynch, le tout mâtiné de courses-poursuites et autres moments de suspense que n’aurait pas reniés la franchise James Bond : c’est un véritable festival !

Méli-mélo

Reste qu’en dépit de cette « richesse » un rien ostentatoire (l’aura appuyée des stars DiCaprio et Cotillard, filmées comme telles par exemple), un doute, un soupçon de faiblesse même, viennent lézarder peu à peu cette admirable construction. D’abord distrait par la complexité de l’histoire, ses mises en abyme (plusieurs niveaux de rêves) et ses décors impressionnants, on s’interroge : quid d’une quelconque intensité… émotionnelle ?

Non pas que l’empathie soit absolument obligatoire au cinéma. Mais de toute évidence, ce « voleur de rêves » étant obsédé par le souvenir de sa femme, perdue dans quelques limbes dont on ne sait si elles sont réelles ou pas, il y a aussi une volonté d’explorer une part d’intime, de refoulé, de chagrin ou de culpabilité, dans ce film en forme de super-production hollywoodienne. Christopher Nolan tenté de dévoyer le blockbuster par le mélo (magnifique) ? Et pourquoi pas ? Sauf qu’il aurait fallu, alors, injecter une once d’onirisme – par exemple – à ces songes en forme de regrets et d’abimes. Or là encore, on reste dans le réalisme, la mécanique de précision, l’univers hyper référencé. D’ailleurs, si le héros doit « résoudre » ce rêve féminin, entêtant et plombant, c’est surtout pour retrouver ses enfants est-il bien précisé : l’enjeu est donc direct, concret, pratique (et un peu niais).

Du coup, le rêve éveillé de Nolan déçoit, plus qu’il ne semble avoir chahuté (les codes) ou impressionné (le cortex). Au terme de ce voyage méandreux, on est même juste content de s’extraire de la musique assourdissante de Hans Zimmer. C’est dire si l’illusion a fait long feu depuis un moment déjà…

Titre original : Inception

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Durée : 148 mn


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