Woman at war

Article écrit par

En présentant la lutte pour l’environnement comme une comédie légère, Benedikt Erlingsson va-t-il aider la cause écologiste?

La guerre contre la pollution est déclarée

Alors qu’elle mène en apparence une vie bien tranquille en Islande, entourée de ses proches, de la nature et de sa sœur qui lui ressemble presque comme une goutte d’eau, Halla pourrait continuer à exister sans problème. Mais elle est une sorte de docteur Jekyll et mister Hyde de l’écologie révolutionnaire puisqu’elle se transforme la nuit en « Femme de la montagne », menant une guerre secrète contre l’industrie locale de l’aluminium. La Semaine de la critique nous propose enfin un film plus léger pour dénoncer hélas la violence que les industries font subir à la planète, répondant presque parfaitement aux diktats que les organisations font peser quant à elles sur le cinéma contemporain : féminisme, lutte contre les injustices, antiracisme, etc. Pourtant le film de Benedikt Erlingsson, même s’il possède quelques maladresses et naïvetés, ne fonctionne pas de la sorte et se donne dans une sorte de simplicité sincère et revigorante.

L’écologie présentée comme un combat

Quelle femme n’aimerait pas devenir la nuit une sorte de Zorro femelle pour faire sauter toutes ces lignes à haute tension afin d’arrêter l’industrialisation qui nous menace alors que la nature est admirable? De plus, un courrier vient quelque peu brouiller les pistes et compliquer le militantisme de Halla lorsqu’elle apprend qu’elle doit partir en Ukraine chercher la petite fille qu’elle a adoptée. Le film, qui n’a jamais été politique, passe alors de la comédie militante à une sorte de farce qui met bien à jour les rouages ubuesques des gouvernements tiraillés entre le respect des citoyens et l’application aveugle des directives mondialistes, telles qu’on le vérifie chaque jour en France avec la lutte contre la ZAD de Notre-Dame-des-Landes entre autres. Un film féministe et réjouissant qui n’aura pas échappé à la sagacité du jury des Prix de la Semaine de la Critique, présidé par Chloe Savigny et qui a reconnu son talent discret en accordant le Prix de la SACD à Benedikt Erlingsson & Ólafur Egill Egilsson, les auteurs du scénario de Kona Fer í Stríd (Woman at War).

Réalisateur :

Acteurs : ,

Année :

Genre :

Durée : 100 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit  » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..