Vivir y otras ficciones

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En se demandant comment permettre aux handicapés de retrouver leur dignité sexuelle, Jo Sol surprend encore par sa liberté et son engagement.

Fleuron du cinéma indépendant espagnol
«Depuis son entrée fracassante au festival de San Sebastian avec son film El taxista ful, nous nous sommes rendu compte que le regard de Jo Sol était l’un des plus personnels et indépendants du cinéma espagnol», a déclaré Nuria Vidal, critique de cinéma et écrivain. Pour son quatrième long métrage, on le retrouve avec tout autant de verve et de courage dans ce film qui ose aborder la sexualité des personnes handicapées moteur. En se penchant sur le cas d’Antonio, écrivain et tétraplégique, qui veut jouir d’une sexualité épanouie, le réalisateur donne la parole à un homme qui impose son choix comme vital et même politique. On ne peut bien sûr que lui donner raison même si la société n’a jamais mis en place de telles structures. Tout est donc à inventer et le danger que cela soit récupéré, notamment par la municipalité de Barcelone, n’est pas à négliger. Pourtant, ce n’est pas aussi facile pour l’entourage proche d’Antonio, notamment son aide-soignante et son assistant de vie et même son nouvel ami Pepe, dans la mesure où l’aide sexuelle apportée par une professionnelle du sexe peut largement s’apparenter à de la prostitution. Ce constat pose un problème d’ordre moral, mais également d’ordre juridique car cette activité qui se développe chez lui pourrait le faire accuser de proxénétisme aggravé. Rien apparemment ne peut arrêter Antonio qui, malgré son lourd handicap, est bien décidé à se battre pour obtenir fait et cause.
 

 

Entre fiction et documentaire

Le film se pose un peu à la lisière entre film documentaire et fiction et n’hésite pas à montrer des corps sous un angle très cru qui pourrait passer pour de la provocation ou du voyeurisme, mais il n’en est rien bien sûr. «Si l’intimité des personnages est montrée dans la normalité de leur vie quotidienne, déclare le réalisateur dans le dossier de presse, c’est parce qu’Afra [Rigamonti, la directrice de la photographie et monteuse du film. NDR] a réussi à trouver le juste équilibre ; plus qu’un corps nu, nous montrons ce qui rend un corps fragile et désirable en même temps. L’important est qu’on apporte une réponse aux questions du public. » Le film fait écho à celui de Rémi Lange, sorti voici quelques années, Devotee (2009) qui mettait également en scène la sexualité et le désir de personnes handicapées, pour la plupart homosexuelles, à la recherche non seulement d’une satisfaction de leur libido, mais surtout de l’amour. Notre époque explore tous azimuts, notamment le corps et le désir, mais hélas la réponse et l’équilibre ne sont pas encore faciles à trouver.
 

À la recherche de l’amitié et de la liberté

L’axe choisi ici est celui d’une recherche à la fois de jouissance, mais aussi d’une certaine forme d’amitié, symbolisée par la rencontre d’Antonio et de Pepe récemment sorti d’un hôpital psychiatrique, lui-même à la recherche de l’amour de son fis et qui, peu à peu, se mettra à accepter de chanter enfin un flamenco. C’est sur cette image pleine d’espoir que se termine ce film qui, par sa mise en scène et son style, mais surtout par le jeu des «acteurs» et leur naturel, impose un nouveau genre cinématographique, entre uppercut et réflexion. Une véritable leçon de vie, une leçon de cinéma. « Sous ses apparences trompeuses de documentaire, Vivir y otras ficciones est un formidable essai cinématographique sur la solidarité, le militantisme et les utopies libertaires qui met en scène l’amitié entre deux hommes fragilisés par la vie », déclare Loic Diaz Ronda, directeur du festival Cinespaña, et l’on serait tenté de lui donner entièrement raison.

Titre original : Vivir y Otras Ficciones

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Durée : 81 mn


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