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Une autre vie

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Emmanuel Mouret ne badine plus avec l’amour.

Suite au décès brutal de son père, Aurore (Jasmine Trinca), célèbre pianiste, part se réfugier dans la maison familiale du sud de la France. Alors qu’elle attend de retrouver l’envie, et l’inspiration, nécessaires à son retour sur scène, c’est l’amour qui va lui tomber dessus en la personne de Jean (Joey Starr), poseur d’alarmes. Jean aime Aurore, Aurore aime Jean mais Jean est déjà en couple avec Dolorès (Virginie Ledoyen) et celle-ci est bien décidée à le rester. Quoi qu’il en coûte.

Pour son septième long métrage, Emmanuel Mouret fait le choix du mélodrame. Qui dit mélodrame dit flamboyance; qui dit mélodrame dit passion, déchirements et éclats de voix à la Douglas Sirk ou à la Vincente Minnelli. Les premières images nous confortent dans cette idée : des mains glissent sur les touches d’un piano, une jeune femme se lève dans la lumière pour répondre aux applaudissements, puis s’évanouit sur scène. Plus tard, un amour sinon impossible du moins compliqué, un accident ou encore des conflits moraux et sociaux viendront compléter le cahier des charges du parfait mélodrame. Oui mais voilà, il manque l’ingrédient essentiel, celui qui sublime une histoire somme toute banale : la passion. Et la pulsion de vie.

Aurore est pianiste mais nous la rencontrons à un moment où elle ne peut plus jouer, et Jean, selon ses propres termes, aime ne rien faire, à part peut-être observer les oiseaux. Comme personnages romanesques, on a déjà connu mieux. Rock Hudson et Lana Turner sont bien loin. Alors quand ils sont amoureux, ils courent au bord de la mer, s’éclaboussent en riant aux éclats et se battent pour de faux avec des morceaux de bois, un vrai conte de fées publicitaire. De tout ce que les personnages se disent, leur amour, leur culpabilité, leurs tourments, rien ne transparaît dans leur être. Tout se passe comme si aucun feu ne les animait, ils ne sont que des mots désincarnés, des enveloppes vides. Quand les amants s’enlacent, du bout des doigts et quand ils s’embrassent, du bout des lèvres, c’est à des embrassades fraternelles que l’on a l’impression d’assister.

Tout ce qui faisait le charme désuet des romances de Mouret, comme des dialogues très littéraires ou une certaine artificialité du jeu, ne fonctionne pas cette fois-ci. Peut-être est-ce dû au ton solennel adopté par le réalisateur. Tout est grave, tout le temps, et les acteurs étrangement figés n’apportent aucune respiration qui permettrait de mettre un peu de rose aux joues de ce film. Dans Un baiser s’il vous plaît (2007), ou dans L’Art d’aimer (2011), la gravité était tapie, à l’affût, et lorsqu’elle surgissait dans ces histoires de marivaudage, elle n’en paraissait que plus violente. Une autre vie ne joue pas avec ce contraste si bien que cette gravité, revendiquée par le cinéaste, devient pesanteur, qui menace à son tour de se transformer en ennui.

Si chacun de ses précédents films traçaient une Carte du Tendre fantaisiste et parfois burlesque, Une autre vie, loin de nous amener vers la Mer Dangereuse tant convoitée, s’arrête malheureusement à Tiédeur, bien trop proche du Lac d’Indifférence.

Titre original : Une autre vie

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Durée : 95 mn


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