Treeless mountain

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Ce « petit » film coréen sur une fratrie en mal de mère se place sous les auspices des meilleurs. Creusant, en outre, un sillon provincial et rural inhabituel.

Tiens donc, des nouvelles de Corée du Sud, corne d’abondance du cinéma asiatique depuis une dizaine d’années, dans les festivals comme dans les salles françaises… Loin de Séoul, de ses violences urbaines et enragées maintes fois déclinées, Treeless mountain creuse un sillon provincial, voire rural, pour le moins dépaysant. Une échappée belle, littéralement, même si elle s’appuie sur un abandon, d’autant plus douloureux qu’il concerne deux fillettes de 6 et 4 ans, héroïques voyageuses ballottées d’une parente à une autre, à défaut de savoir où se trouve leur mère, partie sans laisser d’adresse.

Rares sont les films coréens, de fait, qui n’expriment pas, en creux ou de façon spectaculaire, une rupture, une perte de repères, une divagation, une souffrance désenchantée. Celui-là, écrit et réalisé par So Yong Kim, saluée dès son premier long métrage – In between days – par un prix à Sundance en 2007, n’échappe pas à cette tristesse errante. Certes, la jeune femme née à Pusan est partie vivre à l’âge de 12 ans aux Etats-Unis. Pour autant, comme pour bon nombre de ses compatriotes, l’histoire récente, tout autant que l’amputation de son pays, scindé en deux parties pour l’heure irréconciliables, ne la prédispose pas forcément à chanter les vertus du « pays du matin calme ».

Intensité

Malgré tout, aussi bien sur la forme que sur le fond, Treeless mountain s’extrait de la redite, du déjà-vu. Et pas seulement (mais un peu quand même aussi) du fait de son atmosphère campagnarde. D’abord, en choisissant de faire un bout de chemin avec cette petite fratrie, en observant le rapprochement inéluctable (question de survie !) des deux sœurs, So Yong Kim parie finalement sur la force de cette union, plutôt que sur sa dérive et sa mélancolie. Rien de bien joyeux, cela étant : quelques moments de jeux, de distraction, de présent immédiat que seuls les enfants, même confrontés au pire, savent se ménager. Et puis des visages qui interrogent, des silences qui cachent, des sanglots qu’on réprime, des regards qui expriment…. déjà, si tôt, si fort, la déception, le refoulement. La jeune réalisatrice saisit les gestes et les expressions des fillettes, incroyablement concentrées, comme surprises dans leur quotidien déroutant, avec une habileté captivante.

Caméra fluide et frémissante, multiplication des gros plans, scènes courtes, peu de dialogues : pour sûr, So Yong Kim a vu Ponette de Jacques Doillon et Nobody knows de Kore-Eda Hirokazu ! Et c’est tant mieux : pas un gramme d’épanchement, de tentation mélo, ne vient lester ce parcours pourtant émotionnel. C’est même en partie pour ce qu’il nous épargne que ce film convainc et séduit. Peu ou pas d’explications, par exemple, sur le départ de la mère : on reste à hauteur des enfants, à tout point de vue. Une délicatesse d’autant plus appréciable que l’histoire de Treeless mountain est quasi autobiographique. La cinéaste confie avoir voulu adresser « une lettre à sa mère » à travers ce long métrage. Or si ce message personnel est dur, il a la grâce de ne pas être dans le jugement. Les petites bouilles de Jin et Bin n’ont donc pas fini de nous hanter, ce qui est une assez bonne nouvelle « made in Korea ! »

Titre original : Treeless Mountain

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Durée : 89 mn


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