The Mastermind

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Toujours surprenante, Kelly Reichardt nous plonge avec nonchalance et nostalgie dans un film de casse d’une réelle ampleur.

Dans The Mastermind, son dernier film, Kelly Reichardt nous plonge dans l’Amérique des années 1970, plus précisément dans l’État du Massachusetts, et nous présente un homme ordinaire, Mooney. Coincé dans une situation économique sans issue, il croit trouver une échappatoire grâce à une idée nouvelle : le trafic d’œuvres d’art. Après s’être organisé avec quelques complices, il pénètre une nouvelle fois dans le musée qu’il a l’habitude de visiter, non plus comme simple visiteur, mais pour le cambrioler. Ils y dérobent ainsi plusieurs tableaux abstraits d’Arthur Dove : Willow Tree (1937), Yellow Blue Green Brown (1941), Tree Forms (1932) et Tanks & Snowbanks (1938). Et contrairement aux films de casse classiques, l’axe central du film n’est pas tant le vol en lui-même, que le récit de la préparation et de la fuite qui s’ensuit.

Comme dans nombre de ses œuvres, Kelly Reichardt parvient donc à surprendre le spectateur. Tout au long du film, nous suivons un homme qui, sans mesurer les conséquences de ses actes, tente d’échapper à l’arrestation après un braquage de musée. Bien que le récit mette en scène un trafic d’œuvres d’art et une cavale policière, il explore avant tout la relation de Mooney à l’autorité. Car, issu d’une famille au mode de vie bourgeois, incapable de satisfaire les attentes de sa famille, en particulier celles de son père, Mooney, qui peut évoquer Le voleur mis en scène par Louis Malle, décide de voler des œuvres afin d’obtenir par un raccourci, l’argent et le prestige qu’il n’a jamais su gagner par un travail « normal ».

Si la première partie du film se concentre donc sur la naissance de cette décision et sa mise en œuvre, une large part s’attarde ensuite sur sa tentative désespérée d’échapper à l’engrenage infernal dans lequel il s’est lui-même enfermé : sa fuite, ses déplacements incessants et les aventures qui jalonnent cette cavale. En cherchant à gagner la reconnaissance de l’autorité par l’argent, Mooney commet un crime ; obsédé par l’idée d’être enfin accepté, il en oublie jusqu’à penser aux conséquences de ses actes. Il est contraint d’abandonner sa femme et ses enfants.

Ce qui marque particulièrement dans ce film, c’est son esthétique, et surtout son travail sur la couleur. Des teintes sourdes, des couleurs en demi-ton et des nuances de brun composent une image qui restitue parfaitement l’atmosphère de l’époque et enveloppe le spectateur. On ne se contente pas d’entrer dans le temps et le décor du film : on en savoure pleinement la saveur nostalgique. Aux côtés de l’interprétation remarquable de Josh O’Connor, la musique joue un rôle essentiel. Entièrement jazz, la bande originale épouse le rythme de la cavale, qui semble même parfois la modeler, comme si l’âme du film et du spectateur dansait au tempo du cœur de Mooney. Ce qui donne ainsi à l’œuvre une nature plutôt organique qui favorise l’immersion.

Mais aussi, ajoutant de l’ampleur au film, tandis que nous observons le monde de Mooney et son errance le long de l’intrigue, l’actualité américaine et mondiale affleure en arrière-plan, à commencer par le Vietnam. Mooney n’y est pas directement lié ; il est absorbé par ses propres préoccupations. Mais la réalité finit par le rattraper. Représentants d’une autorité plus grande et plus puissante encore que celle du père, la police, donc l’État, l’arrête alors qu’il se trouve au milieu d’une manifestation hostile au pouvoir. Ironie du sort : Mooney n’avait fait que voler le sac d’une vieille femme par nécessité (ici, on pensera à un certain Pickpocket bien français), dans l’espoir de se fondre dans la foule et ne participait pas à la manifestation. Bien que son arrestation ne soit pas liée à la cause principale de sa fuite, ses tentatives d’explications restent vaines. Face à l’autorité, ses mots n’ont aucune importance, tout comme ils n’en avaient jamais eu aux yeux de son père. Dans le fond, pire que le crime de vol, c’est celui de la remise en cause d’un État envoyant sa jeunesse à la mort pour des raisons idéologiques, qui est punie…

Après sa première mondiale au Festival de Cannes 2025, The Mastermind sort en salles le 4 février. Si vous souhaitez ressentir et vivre pleinement ce film, ne le manquez surtout pas sur grand écran.

Titre original : The Mastermind

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Durée : 110 mn


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