Dans la Symphonie pastorale, le roman d’André Gide, un homme condamné à la solitude de par sa vocation, un curé, tombe amoureux d’une jeune femme aveugle et s’en fait le protecteur. Si dans The Killer, c’est un autre type de solitaire, (un tueur à gages) qui vole au secours d’une déficiente visuelle, et qu’une église accueille de longues scènes, les références de John Woo ne sont pas à trouver dans le patrimoine littéraire français. Mais, plutôt dans le cinéma de Jean-Pierre Melville, dont il admire le sens la sobriété et les valeurs du personnage de son film culte Le samouraï (1967). Regard sombre, froideur imperturbable, costume impeccable, chapeau délicatement ajusté sur la tête, le Jeff Chow de Woo est le double Hongkongais du Jeff Costello de Melville, et Chow Yun-Fat a été choisi par le réalisateur pour sa ressemblance physique avec le sublime Delon.

Après avoir sobrement exécuté le contrat pour lequel une généreuse rétribution lui est promis, Jeff Chow est trahi par ses commanditaires. Il va par la suite trouver un allié en la personne de son ex-ennemi, l’inspecteur Li ( Tony Lee). La fureur va s’emparer de ces deux justiciers, qui vont dézinguer sans sommation des hordes enragés de porte-flingues. Ces derniers se multipliant comme des lapins, les occasions de se livrer à des ballets virevoltants et sanglants ne manquent pas. Avec en référence, le sens du montage et des ralentis, de Sam Peckinpah. Woo n’est pas un simple laudateur, The Killer place les curseurs beaucoup plus loin, jusqu’à la démesure, et compose une symphonie létale qui a fait date et a inspiré par la suite Quentin Tarantino et plus récemment la saga John Wick.
Woo emprunte également au cinéma hollywoodien, le lyrisme du Western – sens des grands espaces, dans la scène sur la plage notamment. La fraternité du Buddy Movie, Tony Lee dans un toute autre style que Chow Yun-Fat matche parfaitement avec ce dernier. Sur ce point, aussi, les références ne sont pas simplement maitrisées mais enrichies, si ce n’est par une vision totalement personnelle du réalisateur, du moins par un romantisme exacerbée et une imagerie asiatique resplendissante. L’ action XXL, le rythme effrénée,, l’humour, l’amour : le spectacle est total. La restauration en 4K : superbe, et les bonus fort appréciables,
The Killer ( 4K Ultra HD Blu-ray) chez METROPOLITAN FILM & VIDEO





