Taipei Story

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Sortie d´un film peu ou pas connu du grand réalisateur taïwanais qui décrit sa ville et un couple dans le plus pur style antonionien.

Le renouveau du cinéma taïwanais

Un an après sa naissance à Shanghai en 1947, la famille d’Edward Yang s’installe à Taïwan pour fuir le régime communiste. Il fera ensuite toutes ses études aux États-Unis et y travaillera dans l’informatique, puis reviendra en Asie pour y faire enfin du cinéma. Arrivé à Taïwan à la fin des années 70, il tombe en plein renouveau du cinéma de son pays et participe, en 1982, au film collectif de ce renouveau, In Our Time. Il s’agit d’un film à sketchs, interprété par des acteurs non professionnels, qui rappelle bien sûr le bon temps de la Nouvelle Vague mais surtout du néoréalisme. En 1983, il réalise son premier long métrage, That Day, on the Beach, en s’assurant la collaboration des deux futurs grands noms du Nouveau cinéma taïwanais, Hou Hsiao-hsien (qui joue un petit rôle dans le film) et le scénariste Wu Nien-jen. Ils travailleront ensemble sur le deuxième long-métrage qu’il réalise en 1985, jamais distribué en France, et que Carlotta a la bonne idée de sortir cette année, Taipei Story.
 

Une carrière mal connue

La carrière d’Edward Yang, même si elle a été reconnue dans de nombreux festivals, notamment celui de Locarno en 1986 qui accorde le Grand Prix du Jury à son troisième long métrage, The Terrorizer, ne connaîtra pas cependant le succès populaire jusqu’à la consécration avec Yi-Yi en 2000, grand succès mondial après l’obtention du Prix de la mise en scène au Festival de Cannes. Ce sera sa dernière œuvre puisque Edward Yang, atteint d’un cancer, mourra en 2007 sans avoir pu mener à bien son projet de film d’animation avec Jackie Chan, The Wind. Taipei Story montre toute sa maestria et son style qui doit beaucoup au cinéma italien, et notamment Michelangelo Antonioni, dans cette mise en scène d’un amour qui n’en finit pas de se détruire. Mais en dressant le portrait de ce couple, Edward Yang a surtout voulu raconter une histoire sur Taipei. « Il y avait une démarche personnelle derrière cela, déclarait-il alors : beaucoup de gens ont essayé de me coller une étiquette de continental, celle d’un étranger qui serait contre Taïwan. Mais moi, je me considère comme un type de Taipei, je ne suis pas contre Taïwan, je suis pour Taipei. » Taipei est, rappelons-le, la capitale de l’île de Taïwan sous domination chinoise jusqu’en 1996.
 


Entre traditions et modernité

Mais, en effet, à travers le récit de la relation entre Lon et Chin, Edward Yang nous en dit long sur ce petit pays, à travers une peinture de la société, entre modernité et désespoir. En dehors des deux personnages principaux, le film est construit comme un prisme focalisé sur les personnages qui le composent et qui, tous, recherchent leur place dans un pays en bascule. Le son et les images rendent parfaitement cette ambiance un peu délétère et presque existentialiste. C’est pourquoi on pense certes à Antonioni, mais aussi à Ozu pour ce qui est des thèmes choisis, comme la disparition des valeurs traditionnelles et l’occidentalisation de la nouvelle génération. Ce film lent et intimiste donne une bonne image d’un monde qui, alors, hésitait encore et qui, depuis, a bien basculé dans un capitalisme mondialisé qui ne dit pas encore son nom. Le film d’un maître « furieux et bouleversé », selon les propres termes de Martin Scorsese, cités par Jean-Michel Frodon.

Titre original : Taipei Story

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Durée : 100 mn


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