Surveillance

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« Surveillance » est le second film de la fille de David Lynch, plus célèbre pour la rédaction du best-seller « Journal secret de Laura Palmer » que pour son premier et dispensable film « Boxing Helena ». Comme ce premier long-métrage réalisé il y a quinze ans, celui-ci ne rentrera pas dans les annales. Le talent n´est malheureusement pas héréditaire.

Deux agents du FBI, interprétés par Bill Pullman et Julia Ormond, débarquent dans une petite ville américaine pour enquêter sur une série de meurtres. Sur place, trois versions de l’histoire construiront le récit : celle d’une junkie, celle d’une petite fille en état de choc, et celle d’un flic. Tous sont témoins, mais aucun n’apporte la même version. Qui dit vrai ? Au fond peu importe, car, FBI oblige, la vérité est ailleurs…

On espérait que la fille de son génie de père serait parvenue à se dégager de l’emprise, qu’elle soit thématique ou esthétique, de son paternel, pour réaliser un film bien à elle, un peu à la Coppola. Mais l’ombre de David Lynch recouvre tant la première demi-heure du film, que ce dernier ne parvient pas à éclore et à briller par lui-même. Agents du FBI quelque peu étranges atterrissant dans une ville de l’Amérique profonde chère à David, meurtres, premières images purement visuelles, ambiance sonore, récupération de Bill Pullman … évidemment on pense trop à Twin Peaks mâtiné d’une touche de Lost Highway… Evidemment, Surveillance n’atteint pas le quart de la qualité de ces chefs-d’œuvre.

Abstrait de l’influence paternelle, car il ne faudrait pas réduire le film à cela, et parce qu’il parvient – mais en flirtant avec le nanar – à s’en dégager dans la seconde partie, Surveillance n’est pas un film désagréable. Les personnages sont suffisamment travaillés pour que ce moment en leur compagnie puisse être appréciable, malgré une faiblesse de rythme aux deux-tiers du film : flics déjantés qui s’ennuient dans leur ville paumée, en mal d’une monstrueuse affaire Manson, et poussent ainsi à la violence, jouissant à humilier les pauvres égarés qui ont le malheur de passer sur leurs routes désertes ; Ormond et Pullman sont bons, notamment la première qui, plus habituée aux grands films en costumes, prend du plaisir à jouer ce type de rôle atypique. L’exposition de la situation est bien menée, l’ensemble est bien filmé, enrichi par une réflexion sur la question du point de vue et un humour décalé. Les amateurs de violence seront servis. La réalisatrice porte toute son attention sur Stéphanie, la fillette de huit ans, seule à vraiment regarder autour d’elle et donner de l’importance à ce qu’elle voit, suffisamment pour, « courageuse », aller au-devant du flic qui vient d’humilier son père pour tenter de lui expliquer ce qu’elle a vu. Elle a capté les indices – que nous ne pourrions révéler ici sans dévoiler le final – qui lui permettront de comprendre la vérité. Cela suffira-t-il à sauver sa peau ?

Le défaut de Surveillance, finalement, est de ne pas réussir à remplir les cases bien trop grandes qui l’accueillent. En tombant par hasard dans les bacs de DVD d’occasion, sur ce qui n’est au fond qu’une sympathique série B, le film se regarderait sans déplaisir, histoire d’occuper une soirée. Mais, précédé de l’aura particulière de la Lynch family, attisant la curiosité de pointilleux cinéphiles et amateurs de cinéma ovni, présenté au festival de Cannes, employant des acteurs presque trop bons pour lui, ce film-là ne peut que décevoir. Si les films du père invitent à des expériences inoubliables, Surveillance se laisse oublier bien trop vite…

Titre original : Surveillance

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