Sergio et Sergei

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Fable optimiste, le film de Daranas Serrano joue avec l’absurde de nos vies.

La chute de l’empire soviétique

Avec Sergio et Sergei, son troisième long métrage après, notamment, Chala, une enfance cubaine (2015) qui a connu un grand succès ainsi que son téléfilm ¿La vida en rosa ? (2004), Ernesto Daranas nous offre une comédie dans le Cuba de 1991, grâce à l’histoire d’une amitié entre un Cubain, un Russe et un Américain, au moment de la chute de l’URSS et ses conséquences dramatiques sur l’île et ses habitants. Le film a remporté le prix du public au festival Cinélatino de Toulouse 2018. Ce qui le rend fort sympathique, c’est que le réalisateur lui a laissé son caractère humain, sans vouloir donner une vision romantique de l’espace, en filmant surtout à La Havane, sauf les scènes en apesanteur qui sont tournées dans les studios de Mediapro à Barcelone. Sergio et Sergei devient vite en fait une fable sur l’amitié entre les hommes que tout pourrait opposer : un Cubain qui, après des études de philosophie marxiste à Moscou, galère à La Havane pour nourrir sa fille, un Soviétique coincé dans sa capsule spatiale au moment de la dislocation de l’empire communiste et un Américain qui sert de lien entre eux, interprété par l’icône du cinéma indépendant, et coproducteur du film, Ron Perlman. Alors ce film qui, grâce à la radio amateur, navigue entre la Terre bien prosaïque vue de La Havane et ses terrasses ravagées et le ciel qui n’est plus le rêve de l’envol communiste, n’est pas non plus Gravity : le vaisseau spatial est bringuebalant et ressemble plus à un placard à balai qu’au vertige froid de 2001, lodyssée de lespace de Stanley Kubrick bien sûr. D’ailleurs, le réalisateur le déclare lui-même dans le dossier de presse du film : « Nous ne voulions pas faire un film sur l’espace. Ce qui nous motivait était de parler de Cuba différemment. Plus de 70% de l’histoire se déroule à La Havane. Nous avons conçu la station Mir comme le symbole de la fin d’une époque. »

 

 

Une fable humaniste

On l’aura compris très vite, tout est très humain dans ce film qui se présente autant comme une caricature du communisme à l’agonie que comme une métaphore sur le devenir de la pensée humaine lorsque tout s’écroule dans une civilisation et qu’il y a plus urgent à faire que de récupérer un spationaute perdu dans la galaxie. Au début des années 90, l’empire vacille et va se disloquer après la chute du Mur de Berlin en 1989. Et Cuba, qui finalement a réussi à rester un des rares pays encore communistes, va en payer le prix fort. Que va devenir ce petit pays au large des Etats-Unis si le géant soviétique vient à disparaître ? Il ne s’enfoncera pas plus dans la misère, puisqu’il l’était déjà. Il survivra, et c’est cette volonté de vivre que raconte cette belle comédie, qui est filmée en flash-back puisque c’est la voix de la fille de Sergio, devenue adulte, qui raconte l’histoire imaginaire de son père qui a voulu aider un astronaute soviétique perdu dans l’espace grâce à sa radio.

 

 

L’Histoire vu comme un conte

C’est ce détail qui apporte à son film une sorte de mélancolie qui évoque parfois les films néoréalistes italiens d’Ettore Scola, sans doute en raison de la présence obsédante des terrasses communicantes, et l’humour absurde qui émane de cette histoire improbable mais qui aurait pu être vraie. « Sergio & Sergei est une comédie absurde, un hasard improbable qui a lié les vies de deux hommes naufragés à la fin de la Guerre Froide. Alors que le cinéma est si technologique avec une pléthore d’effets spéciaux hyper réalistes, j’ai souhaité une approche différente. Le cosmos qui m’intéresse est plus humain que numérique. Il n’y avait rien de glamour sur Mir ; il n’y avait rien de glamour non plus dans nos vies, marquées par l’intolérance, le dogmatisme et la pauvreté. Alors comment est-ce possible que je trouve toujours autant de beauté dans le monde autour de moi ? Pourquoi n’ai-je pas perdu l’espoir que nous réussirons à redécouvrir ce que nous sommes vraiment en tant que nation et peuple ? Ce sont les questions auxquelles je voulais répondre dans ce film. »

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Durée : 90 mn


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