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Rétrospective Musée d´Orsay : Le cinéma français des années 20

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Revenons sur le cinéma français des années 20, entre corps et décors, à l’occasion de la rétrospective organisée par le Musée d´Orsay du 8 au 24 février 2008.

« Quand nous parlons de cinéastes d’avant-garde nous voulons dire : ceux qui sont en avance, ceux qui font avancer l’art du film et dont les productions sont les signes avant coureur d’un nouvel « âge du film » promis lui-même à de perpétuels dépassements », déclarait le réalisateur, acteur et critique Jacques Doniol-Valcroze, à propos de Bresson ou de Cocteau. Cette définition paraît convenir également à des cinéastes tels que Marcel L’Herbier, Jean Epstein ou Louis Delluc, relevant du courant avant-gardiste ou « impressionniste », qui n’est d’ailleurs pas comparable au mouvement pictural de même appellation. La rétrospective proposée par le Musée d’Orsay s’attache plus largement (ne présentant pas uniquement le courant avant gardiste) au travail singulier de la conception des décors et des costumes, conçue par une nouvelle génération d’artistes, venant des beaux arts et des arts décoratifs.

Ce renouveau artistique est étroitement lié à la fin de la Première Guerre mondiale. Une vingtaine d’années d’existence et le cinéma français semblait déjà épuisé ; Pathé et Gaumont se tournaient vers la distribution, tandis que le cinéma américain envahissait le pays…. Un désir de renouveau donc, mais aussi de rire et de plaisir, au sortir de ces quatre années désastreuses. Notons que ce cycle est organisé en partenariat avec le musée Galliéra, musée de la mode de la ville de Paris à l’occasion de son exposition Les années folles. C’est dans ce contexte qu’apparaît l’Art Déco, en réaction à l’Art Nouveau d’avant guerre. Ce dernier favorisait les formes ondulantes et détaillées, puisant ses inspirations dans la nature, tandis que l’Art Déco se tourne vers des formes géométriques, anguleuses, rappelant parfois, certains films expressionnistes.

Le cycle est décliné en quatre tendances, intitulées comme suit :

Exotisme et Orientalisme, privilégiant « l’ailleurs », le voyage physique et symbolique à travers, notamment, l’exceptionnel Atlantide de Jacques Feyder, ou le trépidant Prince Charmant signé Victor Tourjansky.
– La campagne et la ville, à travers Les atmosphères rurales et urbaines, deviennent, chez Kirsanoff ou Calvacanti, des personnages à part entière, « évoqués avec un esprit documentaire, transfigurés par un réalisme poétique précoce ou par des visions romantiques et lyriques ».
Histoire et imaginaire oscille entre faits historiques, décors stylisés, recherche visuelle et poésie offrant, entre autres, l’incontournable film de Dreyer, La Passion de Jeanne d’Arc, et encore des œuvres de L’Herbier et Epstein, que nous avons déjà évoqués.
– Enfin, la thématique Esprit Moderne, présente des films fondés sur des décors architecturaux, transcendant l’espace, maîtrisant la lumière, et où les costumes sont créés, pour la première fois, par de grands couturiers. On retiendra les improbables décors de Fernand Léger dans L’inhumaine ou les fabuleux costumes dans L’Arpète, prodigieuse parodie mise en scène par Donatien, dont il signe aussi les décors.

Bien d’autres films sont à voir absolument, tout autant que les Actualités qui ponctuent ce festival. Deux semaines qui s’annoncent donc géométriques, poétiques et cinématographiques.


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