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Rétrospective Howard Hawks : My rifle, my pony and me

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A l’occasion de la rétrospective de la Cinémathèque Française, revenons sur une belle chanson du film Rio Bravo.

Rio Bravo. Howard Hawks. My Rifle, my pony and me. Des noms, des titres et un peu de gloire ici et là. Cinéaste légendaire qui depuis quelques jours vient de poser ses bagages en plein milieu de Bercy dans le seul but de hanter les couloirs obscurs de la Cinémathèque de Paris. Howard Hawks est le plus élégant des cinéastes américains de sa génération, celle qui retint son souffle durant l’âge d’or, qui batailla ferme durant la Guerre contre les Nazis, qui se bonifia jusqu’aux années 60, retraite oblige. Il est avec Ford, Wyler et les autres, un dur à cuire, un gars à qui on ne la fait pas, un bourru au cœur tendre, un humaniste, en somme !

De nombreux films à découvrir durant cette rétrospective. Du plus fameux (Scarface) au plus méconnu (Une fille dans chaque port), il faut pointer le bout de son nez parmi toutes ces images alléchantes. Hawks fut le symbole d’une Amérique grandissante, fière et patriotique. Tout comme Ford, l’un de ses meilleurs amis, Hawks refusait les caméras frénétiques, préférant donner plus de visibilité à la séquence tournée. Sa vision du cinéma : prendre son temps tout en écoutant les autres. Cela donnera des œuvres qui n’ont pas pris une ride : L’impossible M. Bébé (avec un couple Grant/Hepburn tonitruant), Le Grand sommeil (Bogart entre dans la légende), Allez coucher ailleurs et enfin Rio Bravo.

Western d’anthologie. Beaucoup de lignes, de paragraphes, d’analyses sur une œuvre qui n’en finit pas d’interroger, d’émouvoir et de plaire. Que cela soit à 8 ans, en pleine adolescence ou bien vers le crépuscule de sa vie, Rio Bravo continuera de faire vibrer un je-ne-sais-quoi en nous. Où doit-on dénicher la clé de cette énigme ? Dans le jeu radical de John Wayne ? Dans la construction scénaristique qui décortique les rapports amoureux au beau milieu des plaines du Far-West ? Non, il faut tout simplement aller fouiller du côté de ces séquences où le temps rejoint la douceur de l’apaisement. Cette séquence, elle existe.

Le jeu en vaut la chandelle. On se calme et on apprécie ce que le Destin nous concocte. Dans une pièce faiblement illuminée, trois personnes, trois compagnons caressent le doux plaisir du repos. L’un est allongé, c’est Dean Martin. Le plus jeune, brandit sa guitare comme on dégaine un flingue, avec panache. Quant au plus vieux, il les regarde, émerveillé d’assister à une scène qui risque de devenir culte. Un ange passe, la chanson peut commencer. Musique lancinante, voix subtile du crooner Dean, gestuelle exquise du jeune premier Ricky Nelson qui vient caresser les cordes de sa guitare, harmonica brillant de Walter Brennan et regard attendrissant de John Wayne. Oui, nous sommes en face d’une séquence d’anthologie, quelque chose d’intemporel qui vibre loin, très loin.

Il faut savourer, se prêter au jeu et finir par accepter l’émotion. Chagrin d’amour, peine d’un quotidien morne, désillusion d’une vie sans idées, on songe à tout cela et puis on se tait et l’on finit par comprendre. Hawks l’avait saisi, Dean le clame haut et fort : « It’s time for cow-boy to dream ». Oui, rêvons !


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