Repartir après les flammes
Tout récemment, l’Ouest américain a été victime de nombreux incendies qui ont ravagé les forêts et ont brûlé des centaines de maisons. C’est le cas de Dusty et de tant d’autres obligés de se reconstruire après avoir tout perdu. Dusty, pour sa part, avait déjà dû se séparer de sa femme et de sa petite-fille. L’incendie de son ranch lui donnera-t-il la force de repartir quand il trouve refuge dans un camp de fortune et commence lentement à redonner du sens à sa vie. Entouré de personnes qui, comme lui, ont tout perdu, des liens inattendus se tissent. Porté par l’espoir de renouer avec sa fille et son ex-femme, il retrouve peu à peu la volonté de tout reconstruire.

La nature revient toujours
Dans ce deuxième long-métrage, après A Love Song en 2022, Max Walker-Silverman originaire du Colorado et formé à l’université de Stanford, revient en fait sur son histoire personnelle puisque sa famille a connu ces terribles incendies dévastateurs. Il le raconte lui-même dans le dossier de presse pour mieux illustrer cette volonté pugnace de l’être humain qui parvient toujours à survivre et à revivre à tout, ou presque. « Pendant longtemps, j’ai repoussé le moment de retourner sur les terres de ma grand-mère. C’était un lieu si vert, si magnifique : de grands arbres, des fougères, du cresson poussant le long d’un cours d’eau. Je voulais préserver ce souvenir intact. J’ai attendu si longtemps que, lorsque je m’y suis enfin rendu, une surprise m’attendait. Oui, c’était triste à bien des égards : une étendue noircie, des arbres calcinés dont les aiguilles avaient pris une inquiétante teinte dorée, les ruines effondrées des fondations de sa maison. Mais il y avait aussi du vert : de jeunes pousses perçaient les cendres, des bourgeons violets se frayaient un chemin. Être témoin de cette nature obstinée et des moyens qu’elle déploie pour renaître m’a fasciné au point de dissiper toute tristesse. »

Repartir comme le bourgeon après la cendre
C’est ce qu’il est arrivé à son personnage, Dusty, qui a vraiment tout perdu dans le drame et qui doit tenter de revivre, de se reconstruire selon les mots à la mode de technocrates qui n’ont jamais connu le malheur. D’ailleurs, après des images sur la désolation de la végétation détruite, le film se concentre sur les retrouvailles entre le père et sa petite-fille. Car si la nature déchaînée, encouragée par la voracité des hommes, l’a privé de son ranch familial, ce malheur lui permet de renouer le contact avec sa famille et de s’en créer une autre de fortune pour laquelle, à la fin du film, il entreprendra la mise en place d’une aide qui fait toute la force de ce film plein d’humanité et d’optimisme dont notre époque plus que troublée a grandement besoin.

Naissance d’un acteur à la James Dean
C’est Josh O’Connor dans le rôle de Dusty qui porte tout ce film par sa beauté, sa grâce et sa présence à la fois fragile et d’une grande solidité, résumant en quelques images le paradoxe de l’être humain toujours obligé de se surpasser pour faire oublier sa grande fragilité dans la chaîne des vivants. On l’avait découvert dans des séries, dans le film La Chimère d’Alice Rohrwacher, mais aussi dans Challengers de Luca Guadagnino, aux côtés de Zendaya et Mike Fais. Mais ici, il incarne vraiment un héros à la James Dean, abattu par la vie, mais dont le regard, jamais, ne se départit de l’espoir qui fait que la vie mérite d’être vécue. « La vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie. » Cette citation attribuée à André Malraux s’adapte parfaitement avec ce film qui montre que l’être humain n’est rien sans les autres, sans cette fraternité qui apparaît toujours lorsqu’un grand malheur le frappe. Le film est en cela une réussite qui fait oublier, ou presque, quelques clichés très américains par ci, par là, comme l’optimisme malgré tout, la guitare au coin du feu de camp, ou encore les relations de couple si difficiles mais pourtant si nécessaires. Un très beau film qui vous remuera de toute manière.






