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Ondine

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Entre fable poétique et drame réaliste, le réalisateur irlandais Neil Jordan offre une jolie mais inconséquente histoire d´amour, avec un couple aussi attachant que mièvre…

Pêcheur malchanceux dans un petit village d’Irlande, Syracuse trouve un beau jour dans ses filets une jeune femme prénommée Ondine, sortie littéralement des eaux. Sous l’influence de sa petite fille, il se persuade qu’Ondine est une sirène, et tente de la préserver des regards de la communauté. Mais le secret est bientôt dévoilé, et l’origine de la femme bientôt l’objet de nombreuses questions autour de lui…

Pour son réalisateur comme pour sa vedette, Ondine a tout d’un retour aux sources. Irlandais jusqu’au bout des ongles, Neil Jordan et Colin Farrell ont connu diverses fortunes à Hollywood, mais après les relatifs échecs de A vif pour l’un, et Miami Vice, pour l’autre, tous deux ont préféré élargir leurs horizons et signer « à domicile » une œuvre modeste, finalement très simple, mais sincère. Inspiré de mythes celtiques, Ondine (qui signifie quelque chose comme « surgissant de l’eau ») est, avant d’être un drame aux confins du fantastique, un efficace portrait de groupe : celui d’une communauté de pêcheurs et de gens simples, jamais pris de haut, de l’ex-femme de Syracuse au prêtre flegmatique interprété avec subtilité par l’incontournable – tout du moins dans les films de Jordan – Stephen Rea. Ses scènes de confession avec Farrell, qui retrouve tout d’un coup la chance dans son travail après sa rencontre avec la « sirène » et en tombe amoureuse, sont autant d’intermèdes drôlatiques participant à rendre ce microcosme attachant. On ne peut pas en dire autant du personnage d’Annie, la fille de Syracuse, qui avec aplomb et entrain est chargée par Neil Jordan de plomber à travers ses répliques tout le sous-texte merveilleux du film, quitte à agacer prodigieusement à chacune de ses apparitions.

Bien évidemment, la création inévitable d’une nouvelle cellule familiale, où Ondine serait la femme-mère douce et aimante, n’ira pas sans heurts. La tentative de conte de fées à la fois réaliste et naïf se heurte dans le dernier acte à une révélation scénaristique trop brutale, artificielle, et surtout décevante pour convaincre. De joli film automnal, à mi-chemin entre la fable et la « romance romantique » (Farrell, sa tignasse, la mer, le mystère des femmes… il ne manque plus qu’un vers de Gautier), on passe au drame à suspense raté, censé justifier la phrase d’accroche du film (« La vérité n’est pas ce que vous savez…c’est ce en quoi vous croyez »).

Difficile toutefois d’être méchant avec Ondine. L’alchimie entre Farrell et l’actrice polonaise Alicja Bachleda-Curus fonctionne à merveille (ils ont d’ailleurs eu un enfant ensemble – fin de la parenthèse people), les décors naturels sont à couper le souffle, d’autant plus qu’ils sont magnifiés par le chef op’ adoré de Wong Kar-Wai, Christopher Doyle. Dommage seulement que le scénario imite l’ambiance hors du temps, un brin apathique et trop tranquille de ce petit village irlandais.

Titre original : Ondine

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Durée : 110 mn


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