Moi et toi

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Bertolucci, dix ans après. Beau film.

D’un postulat a priori peu attrayant, Bertolucci fait une véritable œuvre de cinéma, portée par une conviction et une énergie d’autant plus évidentes qu’elles trouvent dans le minimalisme du récit d’inépuisables ressources pour inventer des plans, des scènes, du film… C’est que Bertolucci croit profondément dans l’intérêt de ses personnages (ce qui n’est pas si répandu que cela), et qu’il investit dans leur histoire une confiance dans les possibles du cinéma. Aussi, dans ce conte moral qui verra un ado passer d’un repli et d’un déni (il prétend ne rien éprouver à son psy, et provoque sa mère par l’évocation de relations sexuelles mère-fils en cas de risque d’extinction de l’humanité) à une ouverture et un apaisement, le cheminement est pure affaires d’articulations qui se construisent entre un corps et la nécessité face à laquelle il va se trouver de prendre en compte des stimuli qui vont le brusquer, et de leur renvoyer quelque chose : regarder, parler, toucher.

L’histoire est celle de Lorenzo, à peine un adolescent, qui profite d’un départ en classe de neige pour fausser compagnie à tout le monde, et venir se réfugier dans le sous-sol de son immeuble, y passer cinq jours avec son ordinateur, sa musique, des fourmis, un livre, des canettes et des brioches. Il y est rejoint par sa demi-sœur, présence contrariante qui trouve là un refuge où passer quelques jours à se sevrer d’héroïne. Si le cinéaste évolue en terrain connu – alliance entre jeunesse et mutisme -, il parvient à donner au récit une limpidité et le sentiment de toujours chercher à aller à l’essentiel. Peu de détours et une simplicité revendiquée, comme pour mieux élaguer les scènes autour de ses deux interprètes. Ceux-ci se retrouvant d’ailleurs assez vite confinés dans le sous-sol miteux d’un immeuble bourgeois, face à face, face à eux-mêmes. L’interprétation, de très grande qualité, fournit à Bertolucci un socle autour duquel tout resserrer, comme pour mieux se donner l’occasion de travailler en profondeur la construction d’un lien, d’en faire éprouver l’intensité naissante avant de laisser affleurer sa fragilité.

Premier film de Bertolucci tourné en italien depuis longtemps, Moi et toi est un film qui se donne les atours d’une œuvre mineure, qui touche par ce qu’il convoque, mais qui, loin de ne faire que réinvestir paresseusement les beautés des débuts de carrière du cinéaste, fait preuve d’une capacité à sortir de lui-même. Tout le contraire de ce qu’on est en droit de craindre de ce type de projet, à savoir un regard qui ne sait pas se décentrer. Moi et toi est un film à l’image de son personnage principal, peu avenant, mais qui insiste, qui travaille, et qui sait s’émouvoir, comme lors d’une très belle scène de danse à deux de quelque chose qui se met en mouvement.

Titre original : Io e Te

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Durée : 107 mn


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