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Matador

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Allègrement réflexive et malicieusement subversive, la première estocade de Pedro Almodovar ressort en DVD/BLURAY en cette fin octobre. Entrez dans l’arène !

L’ange exterminateur

Peu fier de sa virilité, Diego (Nacho Martinez), le maître de tauromachie d’Angel (Antonio Banderas) lui assène : « Les filles c’est comme les taureaux, faut les surprendre et le tour est joué ». Si c’est de cette façon que  le Mâle ibérique entend se rassurer de son éternelle  domination, il n’en est rien dans les différents terrains de jeu colorés d’Almodóvar où le paradigme se retourne contre ses instigateurs. Pitoyable Angel, dont l’apathie permanente pourrait presque faire oublier sa lâcheté. Soumis à l’autorité et au mépris d’une mère sans miséricorde, il se verrait bien être reconnu comme le Serial-killer qui terrorise la ville. Après une tentative de viol  minorée par sa victime et ignorée par la police, l’insistance du jeune toréro à clamer sa culpabilité finit par le faire interner. Mais sans convaincre réellement qui que ce soit. Un homme frustré est un homme qui ne peut plus faire mal ; castré par sa mère, Angel n’a pas la force pour violer ou tuer, rendu boiteux par un taureau Diego ne peut plus toréer,   il ne reste alors plus que les fantasmes pour s’illusionner.  Dans une société que l’homme a dessinée comme une arène, lorsqu’il met un genou à terre,  la femme aurait tort de se priver d’une banderille vengeresse. Ainsi,  c’est sans une once d’états d’âme que Maria, la belle avocate troque sa toge  pour une tenue d’exterminatrice bien plus saillante et excitante.

L’amour à mort

Le cinéma d’Almodóvar exhale les pulsions. Dès son premier long métrage, les barrières tombent. On aime être piqué par la verve peu châtiée de ses insatiables personnages en manque de sexe. On savoure le décorum surchargé, voire sursignifiant comme le symbole phallique qui trône sur le bureau du commissaire de police. Et, bien sûr, on est ravi d’être aveuglé par le festival de couleurs qui s’invite inopinément dans tous les intérieurs, y compris comme ici dans un  dans un hôpital psychiatrique. Si il est question de meurtres sans mobile légitime, la dimension morale ne saurait être sérieusement interrogée, « Les voies du diable sont impénétrables », balance la mère d’Angel. Angel le bien nommé qui, dans une plan séquence irréaliste, passe de l’église au commissariat pour confesser son crime.

Même si Almodóvar fait déjà preuve d’une belle assurance dans l’affirmation de sa singularité, il n’en demeure pas moins que comme  dans de nombreux premiers films les références aux ainés, aux modèles, s’affirment ostensiblement. Les premières scènes qui plantent le décor  des meurtres baroques s’inscrivent dans la lignée des Giallo italiens.  Les cadrages empruntés à Brian De Palma ne manquent pas de venir jouer avec les pulsions scopiques. On n’échappe pas non plus à la sempiternelle scène où des personnages se rendent dans une salle obscure, avec « Duel au soleil » (King Vidor, 1946) et où s’annonce le tragique destin du couple. Mais, à l’instar du tableau final, cette volonté  d’afficher son amour pour l’art et les artifices s’accompagne d’une bonne dose de second degré. Une prise de recul salutaire dont le réalisateur ne s’est jamais départi depuis. (Re)découvrir Matador est tout bonnement indispensable pour pénétrer dans la Movida du cinéaste espagnol le plus populaire.

 

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Durée : 107 mn


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