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Marie-France Pisier, en jouant en sa compagnie

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Marie-France Pisier, une figure féminine réaliste et familière plutôt qu’une icône.

Bien que relativement méconnue du grand public, n’ayant jamais accédé au degré de notoriété et de popularité d’autres grandes actrices françaises (Jeanne Moreau pour ses aînées, Deneuve dans sa génération, Huppert ou Adjani parmi ses cadettes, Béart ou Marceau après), l’un des premiers mots venant à l’esprit, à l’évocation de Marie-France Pisier, serait celui de « familier ». C’est en effet une actrice très familière, sécurisante, étrangement proche de nous qui vient de tirer sa révérence ce dimanche 24 avril, à l’âge de 66 ans.

Dès sa première apparition en 1961 dans Antoine et Colette (le court métrage réalisé par François Truffaut dans le cadre du film à sketches L’Amour à vingt ans), cette dernière marqua l’écran certes par son évidente beauté, mais surtout par une forme de malice constante dans le regard, un presque rictus qui ne la quittera plus. Le jeu semblait avant tout pour elle le point de départ d’une séduction sans appel, d’une complicité toujours lisible avec ses partenaires (mémorables retrouvailles avec JP Léaud, chacun dans son emploi d’origine, dans L’Amour en fuite du même Truffaut en 1978) mais aussi avec le spectateur. Tout semblait reposer pour elle sur une conscience rare du risque pour l’actrice de se muer très vite en icône, figure inaccessible vouée à un certain immobilisme qui d’évidence ne lui convenait pas.

Quelque chose de l’ordre d’une commune mesure entre instinct et cérébralité conférait ainsi à tous ses rôles, chacun des personnages qu’elle incarna – y compris dans des comédies très populaires comme L’As des as de Gérard Oury en 1982 – comme une douce ironie, une distance bienveillante suffisant souvent à apporter à une scène un relief supplémentaire. Sans doute est-ce la raison pour laquelle son personnage de mère a priori peu sympathique dans Dans Paris (2006), plus beau film à ce jour de Christophe Honoré, bien que tenant lieu d’intrus dans la promiscuité, la cohabitation progressivement apaisée du père et ses deux fils, s’intégrait sans tapage, presque naturellement à cet univers masculin.

 

 

Que Guy Marchand et elle aient jadis vécu une histoire d’amour ; qu’ils soient l’un et l’autre, quelle que soit l’actuelle situation, à l’égale origine de Louis Garrel et Romain Duris, ces deux grands et beaux garçons, semblait finalement aller de soi… chose qui, justement, ne peut que reposer pour grande partie sur une intelligence toute particulière d’incarnation, de partage du jeu, de l’espace, du plan, de la scène entre les acteurs. Comme si depuis toujours, à savoir dès Antoine et Colette, Marie-France Pisier ne pouvait trouver autrement sa place dans un récit, dans une image que par le biais d’un accueil (par les hommes mais pas seulement), une confiance immédiate.

Elle fut donc, sachant que sa carrière ne fut pas exempte de flottements, d’éclipses régulières – tout du moins durant ces vingt dernières années – moins une actrice « sur le retour », cherchant tant bien que mal à retrouver l’attractivité qui fut la sienne dans le courant des années 60-70 que l’actrice idéale du retour, celle qui n’était peut-être jamais partie, dont la place parmi les autres était réservée de longue date. Cette place instable dans le cinéma français ne fut alors pas, comme pour Annie Girardot et Maria Schneider, autres actrices au parcours difficile disparues en ce début d’année, significative d’un possible désamour de la profession, de la malédiction d’un rôle dont elle se voyait condamnée à porter les stigmates (Maria Schneider confessa plus d’une fois le poids que fut pour sa carrière et sa vie personnelle son personnage du Dernier Tango à Paris), mais plutôt – c’est en tout cas ce que nous voulons croire – d’un excès de disponibilité.

Surtout connue pour de mémorables seconds rôles, ayant entrepris d’écrire par elle-même (en scénario ou roman) ses dernières histoires, Marie France-Pisier semblait au final résolue à faire au mieux avec les opportunités, ce qui « se présentait », s’investissant pleinement dans les projets de jeunes cinéastes ayant pris le temps de l’observer, la désirant vraiment (Maïwenn Le Besco dans Pardonnez-moi – 2006 ; Honoré ; Laurence Ferreira Barbosa dans Ordo – 2004…). C’est de ce réalisme, ce pragmatisme que résultait sans doute ce sentiment de familiarité : elle fut tout du long la femme du temps retrouvé, celle qui était encore là.

Marie-France Pisier, Le journal d'un suicidé (©Mission)


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