Made In France

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C’est l’histoire de jihadistes de banlieue qui préparent des attentats à Paris. Jugé trop proche de la réalité, le film est déprogrammé des salles. Il sort ce vendredi en VOD.

Rarement film français ne sera venu percuter avec autant de précision l’actualité dramatique de l’Hexagone. Rencontre quasi-simultanée entre l’objet final du désir d’un cinéaste et une vague de terrorisme sans précédent sur le sol français revendiquée par l’Etat Islamique, d’autant plus frappante que Made In France est loin d’être un film de circonstance, loin d’être une fiction opportune et indécente rapidement produite dans le but de faire son miel d’événements sanglants. Au contraire – et d’ailleurs au début du film un carton nous précise bien que le tournage du métrage s’est achevé avant les attentas de janvier 2015 -, Made in France est le produit d’une longue réflexion de son auteur, Nicolas Boukhrief, à qui revient le grand mérite d’avoir persévéré dans son intérêt pour la question des « apprentis jhihadiste » venant de l’intérieur et ce malgré un rejet en 2013  par les structures d’aide au financement de son scénario qui le trouvaient trop "anecdotique" ou "marginal". En effet, Boukhrief avoue s’interroger dans une note d’intention produite dans le dossier de presse au sujet ô combien actuel du basculement dans l’action violente de certains jeunes sur notre territoire depuis 1995 et la cavale mortelle de Khaled Kelkal. « Comment son intégration dans la société française a t-elle pu échouer à ce point ? », s’écrie le réalisateur. Mais Kelkal ne sera qu’un précurseur : 17 ans plus tard, c’est un certain Mohamed Merah et sa randonnée sanglante qui va à nouveau pousser Nicolas Boukhrief à vouloir comprendre les raisons du basculement.

 

Pour cela, le cinéaste va mettre en scène un quintette de jeunes hommes qui ont investi un pavillon de banlieue parisienne (celui de la grand-mère d’un des membres du groupuscule !) afin de préparer des attentats. Parmi eux, il y a un infiltré, Sam, journaliste de son état et campé par un certain Malik Zidi que l’on a notamment remarqué dans L’Ordre et la Morale (2010) de Mathieu Kassovitz. Sam, pour les besoins d’une enquête et d’un livre à venir sur le salafisme en France, a choisi d’étudier au plus près son sujet en pénétrant une cellule djihadiste en formation. Si une telle action (l’infiltration) et sa dangerosité est assez mal rendue dans le film parce que quelques invraisemblances font que nous n’y croyons qu’à moitié, elle montre, en revanche, la bonne connaissance du metteur en scène de son sujet car il apporte, en creux, au débat qui s’est déchainé à la fin de 2015 sur les différentes façon de combattre le terrorisme venant de « chez nous », un élément primordial à savoir l’importance souvent négligée par la police et les services de renseignements, semble t-il, de connaître au mieux le terrain en l’infiltrant.

Nicolas Boukhrief montre aussi l’impensable fragilité du processus de radicalisation de ces jeunes. « Je ne parle pas bien sûr d’une armée en train de se lever en masse » écrit le réalisateur, « mais de simples individus qui se convertissent en soldats prêts à faire le djihad »… Dans le film, on voit bien que nous avons à faire à des hommes tout juste sortis de l’adolescence qui ne dépareillent pas de l’individu lambda de leur âge. Ils ont des rêves, l’un pratique la boxe, l’autre la musique. Les membres de ce groupe – et c’est ce qui est bien montré dans ce film – sont sur le fil ténu entre une vie normale et épanouie d’un côté ; et l’engagement mortifère de l’autre. Et pour caricaturale et presque comique qu’elle soit, la prestation de François Civil campant un Christophe, fils à papa financier du groupe et ne semblant à aucun moment prendre la mesure des actes qu’il s’apprête à commettre, montre bien la puissance de persuasion de recruteurs qui savent engager en douceur leur nouvelles recrues. En douceur, car ils connaissent parfaitement les thèmes auxquels sont confrontés ces jeunes : alcool, drogue, échec scolaire, télévision, porno, solitude… Boukhrief va à rebours de ce que nombre « d’experts » de plateaux de télévision analysent de loin en montrant, par exemple, que les stratégies de recrutement changent sans cesse. Les choses semblent se passer bien en périphérie des mosquées, dans la vie de tous les jours – et elles se cachent, les nouveaux jihadistes étant adeptes de la stratégie de la dissimulation ; c’est à dire qu’ils ne changent rien à leurs modes de vie occidentaux pour ne pas attirer l’attention.

 

En définitive, malgré ses imperfections formelles et quelques invraisemblances, Made In France est un film très intéressant sur le fond car il lève un coin du voile sur des aspects surprenants d’un phénomène qui nous laisse tremblants et qui apparaît pour la majorité de la population, incompréhensible. Fait rarissime, le film ne sortira pas en salles. A la place, on pourra le visionner en e-Cinéma sur toutes les plateformes VOD, dès ce vendredi. Fallait-il céder à la peur d’un attentat qu’aurait pu susciter le film, ou bien au contraire braver le danger pour que vive pleinement la liberté d’expression ? C’est toute la question – très compliquée – que de savoir jusqu’où les questions de sécurité doivent prendre le pas sur le travail courageux d’un cinéaste ou d’un intellectuel, au risque de nous auto-censurer. 

Titre original : Made in France

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Durée : 89 mn


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