Les Vitelloni (I Vitelloni)

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Les personnages d’Amarcord ont grandi. Ceux qui autrefois étaient encore des collégiens, s’amusant à se jeter des boules de neiges dans les rues du village, sont devenus des jeunes hommes : les inutiles de la société. Ils ne travaillent pas, ne sont pas productifs et pourtant produisent chez le spectateur une multitude de sentiments. Car […]

Les personnages d’Amarcord ont grandi. Ceux qui autrefois étaient encore des collégiens, s’amusant à se jeter des boules de neiges dans les rues du village, sont devenus des jeunes hommes : les inutiles de la société. Ils ne travaillent pas, ne sont pas productifs et pourtant produisent chez le spectateur une multitude de sentiments. Car I Vitelloni est un film proche de nous.

Les histoires d’amour, les déceptions, les fêtes emplissent le cadre pour nous offrir la vie d’un groupe de jeunes gens en perpétuelle recherche. Le film ne se centre pas sur un personnage en particulier, il n’individualise pas ses personnages. Tous se retrouvent en chacun et c’est l’ombre d’une bande que l’on voit arpenter la nuit les rues de la ville morte, désertée par les bien-pensants.

Ces jeunes hommes se construisent avec les femmes, entre leur « mama », leurs aventures d’un soir, leur femme légitime qu’ils cocufient, et bien sûr les femmes des autres qu’ils convoitent. C’est une galerie de personnages attachants que nous offre Fellini. Fausto, le chef de bande, forcé par son père, à épouser la sœur de Moraldo, qu’il a mise enceinte, tente de se ranger. Il trouve un travail, dont il se fait renvoyer pour avoir fait des avances à la femme de son patron, et vole une statue qu’il transporte dans une charrette de couvent en couvent pour la vendre. Fellini, comme toujours, transgresse ici la morale chrétienne. L’artiste Leopoldo rencontre enfin son idole, un grand acteur qui lui promet de proposer sa pièce. Mais, sur la plage, ce dernier lui fait des avances. Les yeux emplis d’admiration qui faisaient auparavant des confidences sur la solitude de l’artiste dans la nuit venteuse de l’hiver se transforment, une fois le vent tombé, en une peur sourde qui l’éloigne de celui qu’il appelait maître.

Les deux fêtes sont des moments de joie qui s’achèvent en drame. L’élection de Miss Sirène, qui ouvre le film, voit couronner Sandra qui s’effondre de chagrin, engloutie par les femmes du village, une fois sa victoire prononcée. Le temps orageux donne déjà un bien mauvais présage et l’une des toutes premières répliques du film : « le fête est finie » revêt plus d’une signification. Le contraste entre l’intérieur qui se remplit de personnages jusqu’à saturation du cadre et l’extérieur qui se vide, laissant aux serveurs le soin de plier les parasols emportés par la tempête, donne le ton du film. L’autre fête du film, le carnaval, voit se reproduire cette même saturation du cadre. Le cadre est surchargé d’une multitude de personnages costumés et de confettis. Les mouvements de caméra fluides nous font valser d’un couple à l’autre jusqu’à nous faire monter dans les combles du théâtre, pour nous montrer l’essentiel : les couples qui s’enlacent et les jeunes garçons qui volent des baisers aux demoiselles en leur promettant de magnifiques voyages en auto. Mais le drame guette et c’est le départ de la sœur d’Alberto, avec un homme marié, brisant le cœur de la « mama », qui achève la fête.

I Vitteloni oscille ainsi entre la comédie et le drame. Pourtant, à la fin, tout rentre dans l’ordre : Fausto retrouve sa femme et son bébé et Moraldo, le plus jeune, quitte la ville. Seul, sur le quai de la gare, Moraldo attend le train qui le mènera loin de sa ville, de ses amis. Le dernier mouvement de caméra, qui part de Moraldo dans le train et qui traverse successivement tous ses amis, endormis dans leur lit, pour revenir à lui, résonne comme un adieu aux personnages.

Il ne nous reste plus qu’à imaginer leurs vies, comme le souligne la voix-off, conscience d’un petit monde qui s’est ouvert et se ferme devant nous.

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