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Les Mouvements du bassin

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Fiction personnelle d´un cinéaste en mal d´amour.

Acteur de films pornos depuis plus de 25 ans, HPG s’éloigne de plus en plus du X depuis On ne devrait pas exister (2005), premier long métrage plutôt clairvoyant sur son passage au statut de réalisateur “traditionnel”. En début d’année, Raphaël Siboni sortait Il n’y a pas de rapport sexuel, plongée fascinante et secouante dans les backstages des films de cul. Déjà là, HPG venait défendre le film becs et ongles : il était de toutes les séances, assurait que le documentaire tiré de ses centaines d’heures de rushes lors de tournages était important pour lui, qu’il fallait l’aborder avec compassion, garder l’esprit ouvert. Pas difficile, le film de Siboni était plus qu’honorable, on ne pouvait que le prendre au sérieux. Pour Les Mouvements du bassin, HPG rempile : en projection de presse, il a fait une apparition de dernière minute, en soulignant bien qu’il savait que ça ne se faisait pas, enchaînant sur des anecdotes de tournage pour lequel il avait demandé à ses comédiens de baiser en haut d’un arbre, avant de conclure qu’il était comme ça, sans concession, et qu’il fallait le savoir avant de voir son film, « un film important pour moi ».

C’est ce qui fait le plus grandement défaut au cinéma d’HPG : celui d’arriver entouré de multiples prises de position de la part de son auteur, si anxieux que ses films ne soient pas appréciés qu’il lui faille sans cesse venir quémander l’indulgence. HPG est « comme ça », c’est un fait, il le dit et le répète – il en est d’emblée aussi attachant qu’agaçant. Les Mouvements du bassin est comme lui, pas antipathique mais énervant. C’est un film qui jamais ne fait semblant, mais qui est aussi affreusement bancal. Hervé (HPG himself) devient veilleur de nuit dans une usine après avoir été licencié de son job de gardien de zoo parce qu’il déprimait les animaux ; dans un hangar désert, il épie un homme (Éric Cantona) qui prostitue sa femme pour arrondir ses fins de mois. En parallèle, Marion (Rachida Brakni) tuerait père et mère pour avoir un enfant, quitte à pratiquer le sexe sauvage et non protégé dans les toilettes d’un night-club. Mais elle a de la chance et tombe sur une infirmière (Joana Preiss) qui, tombée follement amoureuse, vole du sperme à l’hôpital et pratique la procréation médicale assistée.

 

Les trajectoires se croiseront, bien sûr – on vous laisse découvrir. HPG installe ses personnages dans un décor irréel, très urbain, où se croisent parkings glauques et usines vétustes, hôpitaux et terrains vagues. C’est la meilleure idée du film, qui installe un climat délétère qui lui sied bien, par ailleurs servi par une caméra tantôt portée tantôt fixe, rendant palpables les errements d’Hervé et des autres. Tout se fait à l’instinct, ça se sent. HPG en est encore au stade de l’expérimentation : il tente, essaye, rajuste, rend hommage aux désaxés, aux corps déformés par l’alcool, la solitude et la folie, semble guidé autant par le cinéma de Gaspar Noé que par les mouvements du corps. Les meilleures scènes sont celles des cours de self-defense et celles des sous-sols, quand il se meut mi-combattant mi-félin aux rythmes saccadés du bassin. Sauf que rien ne raccorde vraiment ici, que les séquences ont du mal à se répondre, et que les interrogations sont balancées pêle-mêle : c’est quoi, la maternité ? Est-ce forcément un sentiment sain et naturel ? Pourquoi l’homme est-il si seul, si veule ?

Viennent s’y ajouter les angoisses liées aux maladies sexuellement transmissibles et la misère sexuelle, entre autres. Le problème majeur des Mouvements du bassin vient paradoxalement du fait qu’HPG n’assume pas jusqu’au bout la noirceur des débuts, son pessimisme appuyé : il a voulu une tragi-comédie. Sauf qu’il n’est pas aussi à l’aise dans l’humour que dans la peinture d’un certain réel, et que la douceur qui émane de la fin du film semble presque feinte, simulée – le message positif qui s’en dégage tombe à plat. Comme si, dans un ultime effort de se faire admettre dans le milieu impitoyable du cinéma (d’auteur, qui plus est), HPG tentait l’optimisme comme dernier recours pour se faire aimer. Le titre même de son premier film donnait déjà le ton : On ne devrait pas exister. Alors qu’auteur, qu’on l’aime ou pas, HPG l’est indéniablement.
 

Titre original : Les Mouvements du bassin

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Durée : 90 mn


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