Fac Off

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La mécanique assassine du monde académique.

La fac tue !

Quand Simenon rencontre Kafka, ça donne des frissons et c’est Frédéric Sojcher qui est à la manœuvre pour son premier roman chez Léo Scheer, Fac Off. Pour raconter ce dédale dans un univers pas particulièrement glamour, celui de l’université et ses tristes sires, il s’est sans doute souvenu qu’il est réalisateur mais aussi professeur de cinéma. Son roman raconte l’histoire du narrateur qui, lorsqu’il vient de réussir son bac, se trouve happé peu à peu dans l’univers impitoyable de l’université française, avec ses chausse-trappes, ses magouilles et sa galerie de personnages tous plus ou moins mesquins, tordus et surtout magouilleurs, ce qui semble bien illustrer la caractéristique principale de ce panier de crabes sans scrupules mais surtout sans aucune générosité qu’est l’université française. Il faut dire que le narrateur est lui-même fils de professeur d’université et que, par ce biais, peut-être veut-il l’égaler ou le dépasser ? Quand on est à l’extérieur, on pense naïvement que ce doit être idéal de vivre parmi tous ces intellectuels qui échangent des pensées d’altitude. En réalité, il n’en est rien et on peut dire que ce métier ne fait pas rêver.

Dans la fiction, on peut peut tuer !

En effet, comme le fait remarquer Frédéric Sojcher dans le prologue de son roman, quel enfant rêve de devenir professeur de fac ? Aucun, tous rêvent de devenir aviateur, ou chirurgien ou encore explorateur voire archéologue. C’est dire que ce travail ne fait rêver personne, mais alors pourquoi existe-t-il des profs de fac et pourquoi sont-ils aussi méchants, perfides et magouilleurs à faire rougir Machiavel lui-même ? Astucieusement, l’auteur fait référence aux frères Dardenne pour expliquer son passage à la fiction narrative. Ceux-ci auraient déclaré, pour justifier la transition de leur cinéma du film documentaire vers la fiction par ces mots : « Au moins, avec un film de fiction, si on veut tuer quelqu’un, on le peut ! » La seule différence, c’est que le narrateur ne tue personne, et pourtant on y meurt beaucoup, d’ennui, d’amour, de suicide, de solitude et j’en passe. On le constate à toutes les pages : ce milieu est une jungle qui sommeille et que personne ne soupçonne. Et, comme Simenon et Balzac avant lui, Frédéric Sojcher a le don de décrire des personnages hauts en couleurs mais minables et, comme Kafka, il sait étirer le piège du Procès et les méandres de la bureaucratie mortifère. Personnellement, moi qui ai connu aussi cet univers et sa cruauté lors de mes soutenances de thèses, j’aurais été beaucoup plus méchant et destructeur. Mais peut-être valait-il mieux que ce roman se distille comme un poison qui en fait une œuvre à lire à plusieurs niveaux ?

JMM

Frédéric Sojcher. Fac Off. Léo Scheer, Paris, 2024. 20 euros.

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