Les Feux du music-hall (Luci del varieta)

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Après avoir été scénariste, dessinateur de caricatures et de bandes dessinées, feuilletoniste pour la radio, assistant de Roberto Rossellini pour Paisa et Rome ville ouverte, Fellini se lance en 1950 dans la réalisation de Luci del varietà, Les Feux du music-hall en français, et co-dirige ce film avec Alberto Lattuada qui était alors un cinéaste […]

Après avoir été scénariste, dessinateur de caricatures et de bandes dessinées, feuilletoniste pour la radio, assistant de Roberto Rossellini pour Paisa et Rome ville ouverte, Fellini se lance en 1950 dans la réalisation de Luci del varietà, Les Feux du music-hall en français, et co-dirige ce film avec Alberto Lattuada qui était alors un cinéaste connu, engagé pendant la guerre contre le fascisme et qui avait fait des films opposés au régime. Les feux du music-hall est donc le demi premier film de Federico qui volera ensuite de ses propres ailes, n’hésitant pas à succomber à la mode de l’époque et livrer aussi des moyens métrages pour des films collectifs comme Agence matrimoniale pour le collectif L’amour à la ville et Les tentations du docteur Antonio pour le film collectif Boccace 70. Ainsi, grâce à une arithmétique qui ne tient qu’au génie de cet auteur prolifique, Otto et mezzo (8 et ½), film introspectif et psychologique, portera ce titre énigmatique puisqu’il est le huitième film et demi de Fellini, si l’on compte Luci del varietà, Un’ agenzia matrimoniale et Le tentazioni del Dottore Antonio comme des demi-films. Faites les comptes et vous verrez, c’est magique !

On sent bien que le scénario est influencé par le Maestro, ne serait-ce que par le choix du thème (la vie des comédiens de seconde zone qui se produisaient alors dans de petits théâtres de province ou au cinéma avant le film du samedi soir), la poésie et le sens du grotesque qui s’en dégagent. Le choix aussi de son épouse, Giulietta Masina dans le beau rôle de Melina Amour, femme déjà trompée par son mari volage, au beau regard mélancolique, préfigure bien sûr Gelsomina de La Strada et Cabiria au grand cœur des Nuits de Cabiria, deux chefs-d’œuvre incontournables. Il était donc plus que nécessaire de diffuser ce film (sortie DVD chez Opening en novembre 2006) pour faire mieux connaître l’art fellinien qui y est déjà en gestation. Fellini, à la différence de Lattuada, a un peu déjà laissé de côté le néoréalisme alors en vigueur pour proposer un traitement plus caricatural et plus baroque de son sujet. Il y a dans ce film tout ce qu’on retrouvera différemment dans les films suivants, et qui montre déjà les obsessions du « Poeta » : errance, solitude, désenchantement, masques, grimaces, travestissement, théâtre, etc.

Pourtant, on a souvent reproché au scénario de manquer d’originalité et le film n’a pas eu le succès escompté d’autant que le grand producteur de l’époque, Carlo Ponti, a sorti juste avant Les feux du music-hall, un film sur le même thème, Vita di cani (Dans les coulisses, en français) qui a été complètement oublié depuis, mais qui, alors, a obtenu un grand succès en salle. Pourtant, Les feux du music-hall, tout en provoquant une sorte de brouille entre Lattuada et Fellini, propulsera ce dernier au devant de la scène : il réalisera tout de suite après Courrier du cœur, Le cheikh blanc (Lo sceicco bianco, 1952) avec le succès que l’on sait, avec des acteurs prestigieux comme Brunella Bovo et Alberto Sordi. Preuve des relations souvent orageuses que Fellini entretenait avec ses collaborateurs, ses acteurs et surtout ses producteurs. Dans Les feux du music-hall, outre sa femme, il utilise avec bonheur Peppino de Felippo, le frère d’Eduardo, à qui il confiera le rôle inoubliable du prude Dottore Antonio, aux côtés d’une pulpeuse Anita Ekberg, dans Les tentations du docteur Antonio.

Les feux du music-hall annonce aussi un autre célèbre film de Fellini, Les Vitelloni, justement par sa mélancolie, sa belle image en noir et blanc, et sa fascination pour les théâtres et les comédiens ringards. Les images du début tirent déjà l’atmosphère du film vers la mélancolie fellinienne : une cloche tinte au clocher de l’église du bourg, c’est la nuit. La déambulation des errants, des sans-logis, des musiciens en exil, des prostituées peut commencer, annonçant déjà avec force et puissance poétique les films géants à venir comme Roma, Amarcord, Satyricon, La Dolce Vita, et bien d’autres encore…

Titre original : Luci del varieta

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Durée : 91 mn


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