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Les Classiques de l’été : Cycle Douglas Sirk ; Le Verdict ; Les Hommes préfèrent les blondes

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En été, belle idée de se fondre dans l’obscurité d’une salle de cinéma pour (re)voir comment nos aînés s’aimaient et se haïssaient, il y a des années de cela.

Cycle Douglas Sirk : La Ronde de l’aube, Mirage de la vie, Ecrit sur du vent
Avec Rock Hudson, Robert Stack, Lauren Bacall, Lana Turner, John Gavin

Il est difficile de faire rire. Idem pour les larmes. Complexe, situation débile parfois, virant au pathos mais lorsqu’un styliste, un esthète convoque le raffinement et l’installe dans une pièce lugubre, cela peut donner du piment, un je-ne-sais-quoi qui va tout de suite changer la donne. Sirk a embelli les salles de cinéma avec un genre qui ne valait pas tripette. Fassbinder, un autre esthète, dira de son aîné : « J’ai vu un bien trop petit nombre de films de Sirk, Je voudrais les avoir tous vus, tous ses trente-neuf films. Peut-être serais-je alors allé plus loin en moi-même, plus loin dans ma vie, plus loin avec mes amis. J’ai vu six films de Douglas Sirk au nombre desquels se trouvent les plus beaux films du monde ». Trois sont d’ores et déjà visibles sur l’écran blanc de la Filmothèque du quartier latin, et c’est une excellente nouvelle.
Sirk, c’est le gars qui fait pleurer le mec le plus viril que la Terre ait porté, et ce dernier assumera sans amertume. Filmer un mélo est l’un des actes les plus manqués, Douglas, émigré allemand en fut conscient, mais cet obstacle, il réussit à le franchir très vite, refusant de sombrer dans la facilité du texte, recourant aux techniques de dramaturgie apprises durant sa période germanique et où le théâtre emplissait son quotidien.

Le secret de cet élan magnifique, c’est de n’avoir jamais fais confiance à ce qu’il se dit, mais de se concentrer autour du ressenti, de ce qu’il peut engendrer, ce tourbillon de la vie dont Sirk analysera jusqu’au au millimètre les contours, donnant, au passage, naissance à des beautés absolues, où le moindre signe possède pléthore de significations. Un vent qui se lève…..
 

Le Verdict (Sidney Lumet, 1983)
Avec Paul Newman, Charlotte Rampling

 Il est âgé de 84ans et il pète la forme. Pas autant que son doyen, le réalisateur portugais Manoel de Oliveira (son dernier opus sort le 3 septembre), mais il peut encore surpasser bon nombre de jeunes cinéastes dans cette course effrénée que le cinéma aime à organiser. Sidney Lumet, vieux de la vieille, briscard venu tout droit de la télévision, signait au début des années 80 un tonitruant film de procès, dans lequel il revenait à ses premiers amours, le huis-clos tendu. La différence avec 12 hommes en colère (le film qui le fit connaître en 1957) est dans la description du protagoniste (génialement incarné par Paul Newman), alcoolique, abandonné par les siens et illustre avocat qui, aux dires de certains, eu son heure de gloire. Toujours cette idée de la dernière chance, des 15 minutes de célébrité qui prennent une tournure dostoïevskienne, avec quelques relents de pardon et de revirement éclairé. Newman, sans cesse, use et abuse de cette célèbre citation, extraite des Frères Karamazov : « Je triompherai de toute ma douleur juste pour pouvoir dire "je suis" ». Ne surtout pas voir qu’un simple film de procès dans ce Verdict passionnant, juste une histoire de rédemption maîtrisée par un homme qui a une sacrée bouteille.

Les Hommes préfèrent les blondes (Howard Hawks, 1954)
Avec Marilyn Monroe, Jane Russell

Un film qui pétille. Jamais ennuyeux, point de commérage ni de redondance, seulement des couleurs qui fusent de partout, embellissant le cadre cinématographique et donnant un résultat flamboyant. Hawks, inutile de le présenter, est un dinosaure du cinéma hollywoodien. Le voir s’embarquer dans une affaire musicale avait de quoi dérouter le cinéphile, le néophyte et le producteur. Les numéros dansés et chantés, il les filme sans en être totalement convaincu, juste un peu de talent ici et là, sans en faire trop. Par contre, toute la partie dialoguée sur le sexe et l’argent, le remariage, la filature de Malone, détective privé chargé de veiller sur nos deux diablesses en collant rose, Marilyn Monroe et Jane Russell, est une pure merveille. Tout comme dans ses polars (Le Grand sommeil), ses westerns (La Rivière rouge et plus tard Rio Bravo), et même son peplum (La Terre des Pharaons), l’intérêt pour Hawks est de filmer sans équivoque les luttes verbales entre l’homme et la femme. Du génie, il en a. Ironiser chaque séquence par des instants assez saugrenus rend le spectateur encore plus intelligent qu’il ne l’était au départ du film. Sans être un grand film, Les Hommes préfèrent les blondes est à voir absolument, ne serait-ce que pour cette blonde parfaite qui toujours, jouait comme si sa vie en dépendait.


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