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Les Bêtises

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Un film qui en contient trop peu.

François est du genre à se prendre les lacets dans l’escalator, le genre de personne à qui l’on dit de faire attention avec les bougies, de ne pas trop s’approcher de la piscine et de ne surtout toucher à rien ; le gaffeur maladroit tendance lunaire. Toujours en décalage, François se dit que retrouver sa mère biologique, celle qui a dû l’abandonner à sa naissance, l’aiderait peut-être à être bien dans ses pompes au lieu d’en être constamment à côté. Motivé par cette idée, il va s’incruster dans une fête organisée par ses demi-frères pour l’anniversaire de leur père ; et les bêtises vont pouvoir commencer.
Alice et Rose Philippon, les réalisatrices, partagent depuis leur adolescence commune le goût du cinéma, qu’elles étudieront plus tard à Louis Lumière pour la première et à la Fémis pour la seconde, avec une prédilection pour les films burlesques, leur fantaisie et leurs situations absurdes. Les deux sœurs citent Chaplin, ou encore Tati, dont François serait à les croire un lointain parent faisant ainsi de leur première réalisation un film en forme de souvenir d’enfance.

Nulle trace de cette référence dans le dossier de presse, et pourtant ! Un convive indésirable qui finit par saboter la fête à laquelle il n’avait pas été invité, difficile de ne pas penser à The Party (Blake Edwards, 1968). Hrundi V. Bakshi (Peter Sellers), lâché dans un loft high-tech rempli de pontes hollywoodiens et de leurs femmes choucroutées, était l’intrus par excellence ; celui que l’on a laissé entrer dans un monde pensé pour l’éloigner. The Party, c’était la revanche du paria, de l’éléphant dans le magasin de porcelaine, et finissait d’ailleurs par l’irruption d’un vrai pachyderme sur les lieux de la fête. Lâchés dans un grand magasin, les Marx Brothers prenaient un plaisir contagieux à tout dégommer et Charlot a commencé par être plutôt méchant avant d’être un amoureux éconduit. Plus il détruit, plus il révèle l’absurdité des choses, plus ce genre de film nous réjouit. Soit exactement les mêmes raisons qui font de ces Bêtises un film décevant si l’on s’y rend pour voir un film burlesque, comme nous le promettent les réalisatrices, alors que la plus grosse gaffe y est de laisser cramer des brochettes.

Dans cette fête d’anniversaire, l’on se réjouissait à l’avance du fait que chaque objet et chaque invité puissent être un gag en puissance. Hélas, au lieu d’épuiser leur potentiel comique, François s’en désintéresse au bout de la première bêtise ; un objet = un gag et au suivant à tel point que l’on entendrait presque la scénariste dire « ça c’est fait » avant de se désintéresser de l’objet ou de l’invité concerné une bonne fois pour toute.
Léger, joyeux, le film l’est incontestablement. Sans rythme, il l’est malheureusement aussi. Filmé en format Scope et découpé en cadres fixes, les réalisatrices invoquent Tintin et le rapprochement est intéressant. Comme cette bande-dessinée avec qui il partage l’apparente absence de toute ombre, Les Bêtises passe d’une case à l’autre sans impression de mouvement ou de lien aucun. Cet univers pop semble sorti de l’imagination d’un enfant un peu rigide qui aurait peur de dépasser en coloriant.

C’est quand Jérémie Elkaïm commence à fredonner le tube de Sabine Paturel que la vie et les émotions s’infiltrent dans le film, et que les personnages s’incarnent (Sara Giraudeau était la seule à faire exister le sien jusque-là). Passés cet état de grâce et la révélation de l’identité de François, le scénario peine à trouver d’autres enjeux et finit par tourner en rond. Même le twist final tombe comme un cheveu sur la soupe, jusqu’à remettre en cause, si ce n’est invalider, le postulat de départ. Les Bêtises aurait sûrement fait un meilleur court métrage.

Titre original : Les Bêtises

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Durée : 79 mn


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