L’ELUE

Article écrit par

« Longlegs », « L’élue »… pourquoi Osgood Perkins déçoit ?

L’élue : critique d’un cauchemar qui aurait pu être génial.

La première bande annonce de L’élue (Keeper en VO) donnait l’eau à la bouche : une série de visions subjectives sur plusieurs femmes à différentes époques, leurs visages hurlants, ensanglantés ; et ce refus constant du moindre contre-champ ou de la moindre explication. On retrouvait ici toute l’essence du teasing au cinéma. Des images troublantes qui avaient de quoi intriguer les amoureux du genre et du réalisateur Osgood Perkins, tout juste revenu du petit succès The Monkey et du phénomène Longlegs.

Produite pour 5 millions de dollars, que vaut cette nouvelle proposition ? Petit film de trouille bien ficelé ou trip horrifique intello ? La réponse se trouve quelque part entre les deux.

Nous suivons Liz et Malcolm, un jeune couple qui décide de s’installer en pleine forêt dans la cabane familiale de celui-ci. Petit à petit, d’étranges événements vont venir parasiter leur séjour. À première vue, Osgood Perkins semble suivre les chemins balisés du genre avec cette énième histoire de maison hantée, mais se serait omettre son sens du cadre. En effet, le metteur en scène parvient à transcender la banalité de ses décors au profit de cadrages voyeuristes et autres compositions perturbantes. Sa caméra installe un malaise palpable, une étrangeté malveillante. Elle spatialise le danger, elle lui donne corps, tout en retardant sa révélation.

Perkins fait principalement exister le surnaturel par le son et le hors champ. Ce procédé offre quelques séquences d’angoisse efficaces, grandement épaulées par un découpage qui étire l’horreur pour mieux fragiliser son spectateur. Longlegs profitait déjà d’une esthétique affirmée et révélatrice d’un soin plastique indéniable : une qualité bien trop négligée (Together et Until Dawn, si vous nous entendez).

Graduellement, Liz est confronté à de mystérieuses hallucinations. Le réalisateur va prendre un malin plaisir à jouer avec une imagerie hypnotique, parfois cauchemardesque, qui amène une atmosphère psychédélique. Le film construit un montage sensoriel qui nous happe et nous plonge dans sa lente (mais imparfaite) descente aux enfers. On se laisse envoûter par la force d’attraction de certains effets. Le temps se trouble, se dilate, et finit par nous perdre dans un entremêlement de réalités quelques fois tétanisantes.

Du côté de Tatiana Maslany, le jeu est d’une étonnante justesse. La comédienne exprime une forme d’incompréhension et de méfiance évidente face à l’ambiguïté de son nouveau compagnon, Malcolm. Chacun de leurs échanges renforce cette communication impossible qui gangrène leur relation. Toujours sur une fréquence différente, jamais accordés sur la même note, ils ne se parlent pas vraiment. La solitude de Liz n’en devient que plus grande et témoigne de ses difficultés à pouvoir échanger sur ce qui la tourmente. Sa fragilité nous touche autant qu’elle nous concerne.

Cependant, force est de constater que le récit est empiété d’un développement faussement enchevêtré. À trop vouloir complexifier son histoire, il finit par se perdre dans un surnaturel inapproprié et déçoit dès qu’il tente de lui donner un sens. Une faille dont souffre une (trop) grande majorité des productions horrifiques actuelles. Il est intéressant de voir à quel point des cinéastes comme Osgood Perkins ou encore Zach Cregger semblent effrayés par la simplicité. À l’image du récent Évanouis, le film émiette inutilement ses indices au travers de séquences volontairement confuses. Ce gimmick du pauvre alourdit une entreprise inutilement surchargée.

Arrive un twist décevant, en contrepoint total avec le reste du long métrage, éclipsé par l’éternel procédé du monologue explicatif. Adieu la subtilité, le scénariste panique et déballe toutes ses cartes en même temps. Malgré un climax jusqu’au boutiste et quelques bons designs monstrueux, L’élue s’apparente plus à un délire creepy qu’à un réel aboutissement narratif. La soi-disant singularité de l’auteur n’est là que pour cacher la pauvreté de l’ensemble.

À l’instar de son décevant Longlegs, Osgood Perkins s’attarde sur un fond trop « théorisé ». L’auteur gâche l’efficacité de son potentiel qui n’a pas la solidité narrative nécessaire pour convaincre. Comme souvent, il faut se coltiner plus de 50 minutes de dialogues avant de ressentir une véritable oppression. De ce fait, l’absence de monstration, d’abord terrifiante, devient lourde et répétitive. L’angoisse se voit sacrifiée sur l’autel d’une intellectualisation excessive, construite à base de visions métaphoriques et autres visuels pompeux. L’horreur est trop sage, trop mécanique, trop bavarde, trop espacée, comme effrayée par ses propres capacités. Ce problème empêche la spontanéité, l’extravagance, et alourdit le rythme. La peur a besoin d’être enrichie et pleinement exploitée.

Trip ensorcelant, visuellement soigné et parsemé de vrais moments de tension, L’élue tente de nous immerger dans un récit décousu qui peine à cacher son artificialité.

Keeper (Osgood Perkins, 2025)

Titre original : Keeper

Réalisateur :

Acteurs : , ,

Année :

Genre : ,

Pays :

Durée : 99 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Pâques sanglantes : entre tragédie antique et western conventionnel

Pâques sanglantes : entre tragédie antique et western conventionnel

Le cinéma néo-réaliste de Giuseppe de Santis exalte la choralité et le lien cosmique entre les paysages ruraux du Latium et leur population vivant en complète autarcie et dans un enracinement profond à une terre inhospitalière. D’amples travellings et mouvements d’appareil à la grue assument cette transition entre le décor naturel agreste et les protagonistes en proie à des luttes intestines ou des rixes claniques. Dernier volet de la trilogie paysanne de Giuseppe de Santis, Pâques sanglantes est une tragédie grecque au dénouement cathartique. Relecture ..