Le soleil se lèvera

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Une répétition de « Lysistrata », un combat anonyme dans le noir de la pensée.

 

Un auteur iranien engagé

Ayat Najafi (né le 23 septembre 1973 à Téhéran) est un réalisateur, documentariste, scénariste et producteur de films iranien. Son film documentaire No Land’s Song (2014) sur le parcours de chanteuses en Iran, a reçu une vingtaine de prix lors de sa sortie en 2016. Il est aussi connu pour les films Football Under Cover (2008) sur la vie de joueuses de football en Iran a été primée à la Berlinale avec le prix Teddy Award en 2008 et  Nothing Has Ever Happened Here (2016).

Une troupe de théâtre

Ce dernier film se situe à Téhéran en octobre 2022. Une troupe de théâtre répète la comédie grecque Lysistrata d’Aristophane. Au cours d’une scène où les vieillards prennent d’assaut l’Acropole conquise par les femmes d’Athènes, la troupe apprend qu’elle est encerclée par la police anti-émeute qui marche autour du bâtiment pour réprimer une grande manifestation. Le film que réalise Aftab Mishavad est d’une grande beauté, une gifle pour nos démocraties qui se croient à l’abri des autoritarismes, un appel au secours qui ne sera sans doute pas entendu. Tout est filmé en noir et blanc et dans le noir et, pour éviter les sanctions habituelles réservées au cinéma iranien, on ne voit que des pieds, des ombres, des masques parfois, ou même des silhouettes dans la salle de répétition. Et les cris de la foule des manifestants et des forces de police à l’extérieur qui encerclent les lieux sont très présents et entêtants. Cette invisibilité rend encore plus visible ce combat permanent que les jeunes Iraniennes et Iraniens mènent pour la liberté dans leur pays tenu en otage. Dans le générique de fin, même les noms sont artistiquement barrés de rouge pour éviter encore une fois des représailles, comme si les artistes eux-mêmes devaient s’autocensurer, se mettre entre parenthèses d’une oeuvre et on mesure toute la dureté et l’iniquité d’un tel Etat !

Une révolution manquée

Quant à la genèse du film, on doit aussi en faire part car elle est très importante aussi dans la structure de l’oeuvre que les spectateurs occidentaux vont découvrir sur leurs écrans. En  2022, Ayat Najafi le réalisateur, avait quitté Berlin pour aller faire des repérages pour Quand j’étais un oiseau, un projet qui devait être produit mais la révolution a éclaté. Il a donc décidé de rester à Téhéran où, avant de partir pour l’Allemagne, il a donné occasionnellement des cours de théâtre. Il a décidé d’en faire un film sur ce qui se passait à partir de Lysistrata, qu’on peut considérer comme la première pièce féministe de l’Histoire.

Un combat anonyme mais pas inutile

Ça a été une vraie aventure : disque dur dans une valise diplomatique et communication entre le producteur et le réalisateur par messages codés. Le film devait s’appeler Farangis, en l’honneur d’un personnage mythique de l’épopée persane tiré du Livre des rois. Le réalisateur comme les acteurs risquent au moins dix ans de prison. Le montage et le reste de la post production ont été réalisés à Paris.  Ainsi que le déclare le réalisateur dans le dossier de presse du film, et qui constitue une belle conclusion à ce film : « C’est dans cette période, pendant laquelle je suis resté en Iran pour voir, pour trouver un moyen de faire mon film en clandestin, que la révolution a éclaté. Et bien sûr avec la révolution, je ne pouvais plus penser au film, je devais penser à cette révolution en cours, et moi-même étant impliqué avec mes étudiants, mes amis, dans ce mouvement, qui bouleversait déjà les règles du jeu. C’est en cela que ce film est vraiment très spécial. Sa sortie en France est un prolongement de cet engagement, de ce combat. » Un combat incessant qui ne cesse d’être encore et encore combattu d’une façon ubuesque et tragique ! 

Titre original : Aftab mishavad

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Durée : 85 mn


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