Le Pré-Code

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On se penche cette semaine sur une terre de liberté méconnue de l’histoire du cinéma.

Le Hollywood des années 1920 constitua une première apogée du star system, les vedettes toutes puissantes étant mêlées à nombre de scandales de mœurs largement évoqués dans le livre Hollywood Babylone (1959) de Kenneth Anger. Les différentes ligues de vertus s’engouffrèrent dans la brèche et, sous la férule du sénateur William Hays et du très catholique censeur Joseph Breen, il fut décidé d’instaurer le Code Hays. Ce code, qui visait à véhiculer une image plus saine et morale à l’écran avec nombre de règles restrictives, obligera les réalisateurs à des trésors d’inventivité pour contourner la censure jusqu’à la fin de son application en 1968. Il existe pourtant une histoire secrète et méconnue du cinéma américain, qui  se situe entre 1930 et 1934. Durant cette période, le code est instauré mais pas appliqué par des studios encore libres qui oseront de nombreuses productions audacieuses. A posteriori, ce bref moment de liberté fut nommé Pré-Code par les cinéphiles.

Amours adultères, nudité et violence exacerbée en seront les aspects les plus tapageurs, mais c’est surtout par son ouverture sociale que le Pré-Code détone. Marqué par la Grande Dépression, le genre est peuplé de personnages démunis et prêts à tout pour échapper à leurs conditions, que ce soit les adolescents de Wild Boys of the Road (William A. Wellman, 1933) ou les femmes insoumises usant de leurs charmes pour atteindre les sommets comme dans Liliane (Baby Face – Alfred E. Green, 1933). Le ton se fera plus libéré, autant dans les dialogues que les situations, permettant des films aussi percutants que Other’s Men Women (William A. Wellman, 1931), La Belle de Saïgon (Red Dust – Victor Fleming, 1932) ou Jewell Robbery (William Dieterle, 1932). Même le mélodrame prenait des atours plus intenses avec le magnifique Voyage sans retour (One Way Passage – Tay Garnett, 1932). Nous nous sommes penchés dans ce Coin du cinéphile sur des titres plus méconnus (où un réalisateur comme William Wellman a constitué une filmographie parallèle tant il fut productif durant le Pré-Code) là où d’autres sont restés fameux tels la célébration de l’amour libre de Sérénade à trois de Lubitsch (1933) ou le péplum Le Signe de la croix (1932) où Cecil B. DeMille dépasse les excès d’un Tinto Brass.

Bonne lecture avant un prochain Coin du cinéphile consacré à James Ivory !


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