Lagerfeld Confidential

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Après une attente de 10 ans, le cinéaste Rodolphe Marconi obtient l’autorisation de faire le portrait de Karl Lagerfeld. Son objectif est de percer le mystère Lagerfeld, de découvrir la personne qui se cache derrière les lunettes noires. Pour cela, il l’a suivi au cours de ses multiples activités : photographie, peinture, stylisme, interview, défilés, […]

Après une attente de 10 ans, le cinéaste Rodolphe Marconi obtient l’autorisation de faire le portrait de Karl Lagerfeld. Son objectif est de percer le mystère Lagerfeld, de découvrir la personne qui se cache derrière les lunettes noires. Pour cela, il l’a suivi au cours de ses multiples activités : photographie, peinture, stylisme, interview, défilés, dîners…

S’immisçant pendant deux ans dans le quotidien du styliste, Rodolphe Marconi signe un film entre le documentaire, le journal intime et la fiction. Idée novatrice mais propos ineptes. La focalisation sur son intimité et l’absence d’information sur le métier de styliste révèlent la société glamour et peoplisée qui nous entoure. Lagerfeld Confidential est un film décevant et futile qui ne parvient pas à remplir son objectif.

Dès les premières images, Rodolphe Marconi nous emmène dans la chambre de Karl Lagerfeld et lance le ton peu conventionnel de son documentaire. Le couturier, qui n’avait jamais accepté de documentaire à son égard, accueille une caméra dans son hôtel particulier parisien, dans sa maison de vacances à Biarritz, dans les studios Chanel et dans son atelier de création. Il est évident que cette opportunité est unique et que ce documentaire est probablement en passe de devenir « un portrait de référence ». Les dessous de la maison Chanel et de l’empire Lagerfeld vont être révélés, l’ascension de ce bonhomme venu d’Allemagne ne fera plus de secret pour nous. Que nenni ! Tout cela n’est qu’illusion. Karl Lagerfeld restera ce mystérieux styliste talentueux. A-t-il véritablement joué le jeu ou sait-il parfaitement manipuler les gens pour garder son aura ?

Alors qu’il l’a suivi durant 2 ans, que son idée a mûri pendant 10 ans et qu’il est parvenu à 150 heures de rushs, R.Marconi conclut son investigation par un documentaire de 1h25 minutes où peu de questions trouvent de réponses. Il y avait pourtant matière en la personne de Karl Lagerfeld. Cet homme vêtu de noir, caché derrière des lunettes, extravagant et méconnaissable fait l’objet d’une fascination, outrepassant le monde fermé de la mode. Malheureusement, rien ne nous permet de connaître ce personnage. Le réalisateur néglige les aspects biographiques comme son enfance et sa mère, très peu évoqués, et les détails sur son parcours professionnel. Au contraire, il se concentre sur des propos superficiels. On apprend ainsi que Karl Lagerfeld possède une dizaine d’I-pod, est insomniaque, possède deux tiroirs de bagues, détient un écriteau dans ses toilettes « Si tu pisses partout, tu n’est pas Chanel ». Cette somme d’informations comblera les conversations aux pieds des podiums ou des rubriques « stars au quotidien » dans les magazines people mais sûrement pas les ciné-clubs. La déception est identique lorsque la caméra s’invite dans les lieux de travail : le spectateur suit une banale séance de photographie masculine et des clichés de Nicole Kidman pris lors d’une soirée. Karl Lagerfeld, par des gestes rapides et expérimentés, shoote l’actrice américaine en un rien de temps, satisfaisant les assistants photographes. Aucune explication n’est donnée pour connaitre les qualités esthétiques de ses créations. Alors qu’un documentaire est d’abord une source de connaissance et de découverte, Rodolphe Marconi ne perce pas le mystère Lagerfeld, laissant le spectateur dans l’ignorance.

En tant que cinéaste, Rodolphe Marconi, maintes fois primé et nommé (Festival de Cannes 1999, Quinzaine des Réalisateurs 2001), semble s’être concentré sur la forme. C’est d’ailleurs le principal atout de son documentaire. Caméra à l’épaule, DV Super 16 et Super 8 collent parfaitement à l’intention première du cinéaste. On retrouve dans cette technique du cinéma intimiste la mise en scène de ses propres films (Défense d’aimer, Le dernier Jour). L’éclairage naturel, les dialogues spontanés et l’image à l’épaule corroborent également ce genre. Cette caméra est osée et audacieuse car elle fait abstraction du déballage des paillettes, de flashs et de l’ivresse de la mode. Comme dans un véritable film, il parvient aussi à mettre au premier plan un acteur : Karl Lagerfeld. Mais pour qu’un acteur émeuve le spectateur, il faut généralement un visage plein d’expressions et des sentiments à fleur de peau. Or, le couturier ne retire pas ses lunettes c’est-à-dire qu’il n’ose pas se dévoiler, lui et son travail. Une froideur et une opacité installent une distance qui rend inaccessible le styliste.

Malgré cette conception innovante, Rodolphe Marconi ne parvient pas à ses fins. Il se contente de signer un documentaire voyeuriste. Lagerfeld Confidential ne sera ni « un portrait référence » pour l’univers de la mode ni une expérience de cinéma satisfaisante.

Titre original : Lagerfeld Confidential

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Durée : 88 mn


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