La religieuse portugaise

Article écrit par

« La religieuse portugaise », quatrième long-métrage d´Eugène Green, respire, par son sujet et le traitement que lui apporte son réalisateur, une maturité exceptionnelle

C’est dans un halo de poésie mystérieuse, pour ne pas dire mystique, qu’Eugène Green  place l’image de son cinéma. Une poésie rare que nul autre cinéma ne possède, imposant un regard sagace et spirituel sur l’âme des êtres et des choses. Le cinéaste offre ici un nouveau film porté par la grâce. La religieuse portugaise semble s’évader dans des flots de mélancolie, quelque part entre le Fado et Lisbonne.

L’actrice Julie de Hauranne (personnage joué par Leonor Baldaque), arrive à Lisbonne pour le tournage d’un film. Alors qu’elle part à la découverte de la ville, ses pas sont rythmés au gré de rencontres qui la conduiront vers la plénitude. Des personnages énigmatiques viennent ponctuer le film, un médecin suicidaire, la réincarnation du roi Sébastien, un orphelin, une religieuse. Pouvons-nous penser le film d’Eugène Green comme une énigme où tous les interlocuteurs dialoguant avec Julie construisent  de leurs paroles le destin de l’actrice?

Alors que Julie incarne le rôle d’une religieuse dans le film qu’elle tourne au Portugal, elle fait la rencontre d’une vraie religieuse priant toutes les nuits jusqu’à l’aube dans une chapelle, confrontation empreinte à la fois de solitude et de partage. Eugène Green filme avec majesté une rencontre existentielle.

Le réalisateur favorise une fois de plus la beauté du verbe, obstruant un regard sur un réalisme affable. Allant chercher le spectateur par le biais d’un dispositif de plan frontal, l’interpellant dans des faces à faces avec les acteurs qui ne cessent de déclamer des répliques volumineuses, Eugène Green élève à un rang suprême la beauté même.

La Religieuse portugaise, comme tous les films d’Eugène Green, appartient à un registre bien trop rare. Une recherche de l’épure et du vrai, où « la soledad » vient clamer son ambition philosophique.

Titre original : A Religiosa Portuguesa

Réalisateur :

Acteurs : , ,

Année :

Genre :

Durée : 127 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit  » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..