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« La mangue » et « Issa le Tisserand » ou l’art du court métrage

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Ces deux courts métrages montrent toute la capacité d’Ouedraogo à s’adapter à différents formats, comme à raconter une histoire sur fonds documentaire.

La frontière chez Idrissa Ouedraogo, entre documentaire et fiction, s’avère poreuse : ses fictions sont crédibles et ses documentaires mis en forme – même si cette forme reste discrète.
On retrouve ici, en particulier dans La mangue (d’une durée de trois minutes), le sens de la concision du cinéaste, et celui de la sobriété : pas de surenchère d’effets, quelques plans, presque pas de paroles, et tout est dit. Certes peu bavards, ses films en disent en effet long sur la précarité de ses concitoyens, et la difficulté à survivre au quotidien – avec, en plus, des enfants à charge.
Un homme blanc vient photographier Issa, se montre content de sa photo, puis part. La scène dure très peu de temps, mais sa force s’avère notoire. Tout l’art d’Ouedraogo est là, dans des petites touches, et une grande justesse dans la manière de regarder et donner à voir les réalités de son pays.
La mangue et Issa le tisserand (durée de dix-huit minutes) peuvent se comparer comme tous deux prennent pour thème la projection. La fille qui trouve la mangue dans le premier court métrage s’imagine déjà faire germer un manguier, trouver un amoureux et fonder une famille. Amèrement, on ne comprendra qu’à la toute fin qu’il ne s’agissait en fait que d’un rêve. La petite fille, promise à un destin difficile, mange simplement la mangue et s’en va, ce qui conclut la petite œuvre avec beaucoup de force.
Dans Issa le tisserand, c’est pareil. Issa y trime très dur en tant que tisserand, n’arrive pas à vendre ses pagnes pourtant réalisés à force de beaucoup d’efforts et se résigne même, finalement, à vendre son âne, moyennant un prix risible. A un moment, lorsque son épouse lui sert son habituelle bouillie (ou une pâte rudimentaire trempant dans l’eau), lui aussi, à l’image de la petite fille dans La mangue, se met à rêver à un avenir plus rieur ; cela dit, là, on comprend tout de suite qu’il rêve. Revenu à la réalité, Issa voit cette bouillie toute triste, et refuse de la digérer.
Simples, forts, poignants, ces deux courts métrages sans fausse note donnent un bon aperçu de l’oeuvre d’Idrissa Ouedraogo, cinéaste versatile ayant su jongler avec les formats avec cependant le dénominateur commun de faire connaître hors des frontières son pays et sa culture, et, malgré tous les bâtons dans les roues (du tisserand, ici), à communiquer, encore et toujours, un espoir si nécessaire.

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