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La Maison

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Un film un peu trop larmoyant, et qui manque de finesse dans son approche d’un thème social éminemment actuel, le divorce et ses conséquences.

Qu’est ce qu’une maison ? Un toit, un berceau, un abri, un repère, un rêve d’ascension sociale, un foyer, surtout, et probablement, le lieu par excellence de la famille : un père, une mère, les enfants. C’est à partir de là que le film de Manuel Poirier se construit, touchant une à une les pièces de ce « puzzle symbolique » auquel le mot « maison » renvoie.

C’est le récit d’une rencontre d’êtres seuls, un homme et deux femmes, autour d’une maison. Un père, Malo, interprété par Sergi Lopez, vit dans un appartement parisien de célibataire. Ce lieu, dépouillé et restreint, n’abrite plus de sa famille que des traces : une photo, des dessins d’enfants, des souvenirs éparpillés dans le vide laissé par la séparation avec sa femme et ses enfants. Un jour, avec un ami, il rentre par effraction dans une maison mise en vente par adjudication par le tribunal, à un prix dérisoire. Il tombe par hasard, en fouillant dans les cartons, sur une lettre de petite fille qui écrit à son père… Sans le savoir, à ce moment même il rentre dans la vie de Chloé et Laura. Filles de parents divorcés, c’est dans cette maison qu’elles ont passé leur enfance en compagnie de leur père. Malo, père en instance de divorce, ne peut que ressentir la résonance de ces mots en lui… Chloé et Malo se rencontrent, ils tombent amoureux. Ils vont essayer de récupérer la maison mise aux enchères par le tribunal…

Le récit joue de ces échos entre les vies des personnages. Pourtant on n’assiste pas à un simple jeu de « doubles ». Chloé, dont Malo tombe amoureux, ne se substitue pas à sa femme, qui, même si elle est « hors champ », continue à faire sentir sa présence. Malo à son tour, n’arrivera pas à prendre la place du père de Chloé, même si au départ c’est ce à quoi il semblait prétendre. La maison enfin, sera achetée par un voisin cynique qui la visait depuis des années pour ces intérêts économiques… elle ne pourra donc pas devenir un lieu dans lequel il pourrait se récréer une unité familiale, ou abriter les espoirs d’une famille naissante. Les affinités entre les personnages sont fortes, mais personne n’est interchangeable avec un autre. Dans un film qui s’interroge sur les conséquences, immédiates et à long terme, d’un divorce, le cinéaste a suffisamment de finesse pour ne pas résoudre le vide laissé par une séparation par substitution : nouveau père, nouvelle femme, nouvelle maison, et on recommence.

Mais en même temps la limite du film, c’est de ne pas proposer autre chose que l’acceptation d’une douleur, sans laisser place à l’espoir. On dira alors que c’est comme dans la vie, que c’est « vrai », que ça se passe vraiment comme ça…peut être, mais là c’est un film, lieu où l’on pourrait proposer des idées…La restriction que le cinéaste s’impose à ne pas dépasser le constat de ce qu’il croit être la réalité d’un divorce, se manifeste dans la forme du film et avant tout, dans son ton larmoyant. Dans de longues scènes les personnages s’embrassent, sanglotent, crient : au fond c’est la seule possibilité que le cinéaste leur laisse (voir se laisse !). Comment pourraient-ils faire autre chose, s’ils se retrouvent à chaque fois face à la défaite ? Si leur futur n’est pas envisageable différemment d’un passé de souffrance ?

Le cadrage des personnages souvent en plan général est toujours dans des angles sobres, à hauteur humaine, la lumière diffuse évite les contrastes forts, le rythme posé du montage, contribue à dégager une tristesse ambiante dans le film, rendant aussi difficile une réelle identification avec les personnages, avec qui on compatit mais qui restent distants. Peut-être aussi à cause de leur jeu, de ces phrases prononcées gravement, la voix cassée ; où tout simplement à cause de la musique du piano, on arrive à penser qu’il y ait trop de surenchère émotive à l’écran pour entraîner le spectateur : plus ils pleurent, moins on pleure…

Titre original : La Maison

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Durée : 95 mn


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