Poursuivi par la police, jusque dans un magasin de jouets, le tueur en série Charles Lee Ray (Brad Dourif) transfère son âme dans une poupée lorsqu’il est abbatu. Le surlendemain, Andy Barclay se voit offir par sa mère cette poupée Brave Gars pour ses six ans.
Thématique récurrente de l’épouvante, la mutation du Mal dans une enveloppe inattendue et innocente qui a eu particulièrement le vent en poupe dans les années soixante-dix et quatre-vingt (L’exorciste, L’emprise, The Thing..)., rencontre une autre figure chérie par le genre : le Serial-Killer/Slasher. Lorsqu’on ajoute à cela la figure inquiétante de la marionnette ou poupée incontrôlable (Magic, avec Anthony Hopkins), on obtient un cocktail corrosif et explosif nommé Chucky. Si les créateurs du diablotin en plastique et court sur pattes, David Kirscner (producteur), Don Mancini (scénariste) et Tom Holland (réalisateurs), connaissent parfaitement les ficelles du genre, ils ne se sont pas contentés de singer leurs modèles, réussissant à donner une belle patine à leur ouvrage.

Premier parti pris très efficace, éviter d’instiller par le discours, des doutes sur les intentions et le pouvoir de destruction de ce Brave Gars au sourire narquois : le Monstre frappe quasiment d’entrée. Le scepticisme des adultes, la mère D’Andy, Karen (Catherine Hicks) et le flic,Mike Norris, (Chris Sarandon)- révèlent leur impuissance plutôt que leur rationalité. Les Jump scare, peu, nombreux misent d’avantage sur la sécheresse de la violence que sur l’effet de surprise pour nous hérisser les poils.
Qualité indéniable, mais rarissime dans des purs divertissements horrifiques, l’atmosphère est au diapason de ces nombreux tours de force. Topographie d’un Chicago sombrement inquiétant. Appartements Brewster de Chicago, presque aussi impressionnant (dans ses façades et ses couloirs) que le Dakota Building de Rosemary’s Baby, l’hôpital glacial où est interné Andy pour sa soi-disant protection, et les quartiers interlopes empruntés pour l’enquête. Contraste avec la pénombre, les couleurs flamboyantes des tenues des protagonistes les plus intelligents et jusqu’au boutiste dans leurs méthodes : Andy et Chucky. La restauration en 4K et surtout en UHD met en lumière cette richesse des contrastes, et le travail sur la carnation du poupon aux joues rosées. Pour séduire les consommateurs, la poupée est doté d’un adorable « Fais-moi un câlin », pour venir à bout de ses potentielles victimes, son expression s’enrichie d’un vocabulaire guerrier et d’une série d’insultes drôlement décomplexées et crues. Un condensé de cynisme et de violence gratuite, juste pour se faire plaisir, c’est l’A.D.N. de ce personnage, la clé de son succès. Pas étonnant que la recette a été reprise, avec plus au moins de réussite, dans les années qui ont célébré ses premiers pas au cinéma, en 1989. En transférant son bébé sur le petit écran, dans la série composée de trois saisons (de 2021 à 2024), Don Mancini lui a redonné un second souffle à la hauteur de cet excellent Jeu d’enfant.
Jeu d’enfant (Sortie récente en combo Blu-ray 4K Ultra HD chez Arcadès Editions).





