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Je vais te manquer

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Une comédie douce-amère sur l’amour, la maladie, l’immigration clandestine… Amanda Sthers parvient à faire monter la mayonnaise quand elle cède à ses acteurs le droit de véhiculer l´émotion par eux-mêmes.

Un nouveau départ dans un aéroport, c’est ce qu’offre Amanda Sthers à ses héros dans son premier long-métrage. Julia est épuisée par son cancer et compte sur son prochain voyage pour se reposer. Marcel est un écrivain désabusé qui fait les aéroports pour surveiller les ventes de son dernier ouvrage. Lila s’offre une nouvelle vie au Canada. Olivier doit se séparer de sa fille dont il a la garde partagée. Max et Fanny, qui ont eu le coup de foudre dans leur jeunesse, se sont retrouvés grâce à Internet et vont bientôt se revoir. Pierrot est un chef de brigade de la police aux frontières dépressif et agressif qui a décidé de mener la vie dure aux immigrés clandestins, dont Paulin, originaire du Sénégal. Entre la France et le Canada, ces hommes et ces femmes vont non seulement se croiser, mais aussi interagir sur leurs destins.

Parce que les histoires qu’il raconte ont un parfum de déjà-vu, Je vais te manquer fonctionne bien évidemment à l’émotion. Celle que dégage Julie, tiraillée entre le supplice que lui inflige sa maladie et la perspective d’abandonner ses deux filles, Ornella et Anna. Celle de Lila aussi : le désespoir et la solitude d’une femme célibataire qui cherche à rencontrer son prince charmant. Celle d’Olivier, née de la souffrance de voir partir chaque fois sa petite fille. Celle encore d’avoir bravé tous les dangers pour atteindre la France, comme Paulin, et d’être arrêté à la frontière, si près de concrétiser son rêve. Si les dialogues son truculents, assez en tout cas pour se laisser de temps en temps aller à un grand éclat de rire, c’est encore quand il n’y en a pas que Je vais te manquer s’avère convaincant. Les pleurs de Julia face à la photo de ses filles. Le duo improvisé et enlevé d’Anna et d’Ornella alors qu’elles sont fâchées et qu’elles viennent de déposer leur mère à l’aéroport. La tristesse de Lila qui se réfugie dans les toilettes alors que ses amies l’entourent. La détresse qui se cache derrière l’aigreur de Pierrot, interprété par un Fred Testot (Omar et Fred) en très grande forme.

Le vrai talent d’Amanda Sthers est finalement d’avoir fait la part belle au jeu de ses acteurs, d’avoir su les laisser vivre en dehors des dialogues, qu’elle a aussi écrits, et des effets de mise en scène censés souligner le drame qui se joue pour chacun de ses personnages. Résultat : le récit de Je vais te manquer gagne en intensité par petites touches qui font parfois mouche dans le cœur du spectateur.

Titre original : Je vais te manquer

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