Jappeloup

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Trop lisse, trop programmé, ce « Rocky » équestre peine à trouver un souffle.

Tout d’abord, une interrogation. D’où provient l’ennui diffus, étale, suscité par ce récit pourtant accrocheur sur le papier, retraçant l’histoire vraie de Pierre Durand, qui dans les années 1980 abandonna sa carrière toute tracée d’avocat pour se lancer dans des compétitions de saut d’obstacles sur sa fidèle monture Jappeloup ?
 
Les ingrédients étaient pourtant réunis pour faire de Jappeloup un divertissement dans la plus belle tradition des épopées équestres, du Grand National (Clarence Brown, 1944) avec Elizabeth Taylor à Cheval de guerre (2011) de Steven Spielberg. Autant de films d’initiation, réussis au moins par intermittences, dont une des qualités est de mêler un enthousiasme enfantin à une âpreté, une mélancolie qu’on n’aurait pas soupçonnées au premier abord.

Le film de Christian Duguay s’inscrit a priori dans cette respectable lignée, en vertu de son histoire poignante, traversée de forts enjeux humains, familiaux, sentimentaux, et de rebondissements célébrant la persévérance de l’individu contre l’adversité, tel un Rocky (John G. Avildsen, 1976) à la française. À ces caractéristiques s’ajoutent la cinégénie des chevaux, des courses d’équitation, et le travail particulièrement soigné du directeur de la photographie Ronald Plante, aussi sensible lors des crépuscules d’incendie sur Fontainebleau qu’à l’occasion des nombreux et fluides mouvements de grue. La mise en scène déploie cependant plus de joliesse que de beauté et reste très académique. Si bien qu’un ennui léger mais insinuant s’installe et va croissant.
 
 

 
 
Le problème du film semble tenir, au fond, à son conformisme mou de bon élève – aux antipodes de son personnage principal dont la trajectoire s’est affirmée contre vents et marées. C’est peut-être là le défaut originel du film, son incohérence fatale. Le souci de fédérer le public se traduit par un effacement des aspérités et une certaine précipitation dans l’enchaînement des séquences. L’histoire est connue et on ne peut plus classique : on dirait que le film, par crainte d’ennuyer, a voulu compenser ce caractère trop programmé en refusant de s’arrêter à la moindre péripétie, d’en creuser les ramifications humaines, voire le vertige, pour à la place gérer chaque scène comme un saut d’obstacles et passer aussi vite que possible à la suivante.

Cette approche superficielle va de pair avec l’impuissance du film à injecter du carburant dans son moteur dramaturgique. S’il avait été américain, Jappeloup se serait sans doute avéré plus racoleur, plus rentre-dedans, à la manière de Rocky ; il serait également devenu plus cohérent et plus efficace. Au lieu de quoi il louvoie, s’enlise, renonce à chercher une voie un tant soit peu audacieuse entre le biopic sportif mâtiné de success story hollywoodienne, et le drame intimiste plus européen, nourri des relations potentiellement poignantes du héros avec son père et avec les femmes de sa vie. Seules séquences vraiment réussies, les courses d’obstacles parviennent à ménager un certain suspense, toutefois atténué par des procédés un peu grossiers de mise en scène, comme la multiplication des ralentis.

Ce refus de se confronter à tout autre défi que technique explique le caractère lisse et consensuel de ce film certes pas détestable, simplement attristant de platitude. Il n’est pas interdit d’y voir un symptôme de l’état actuel d’un certain cinéma populaire français aussi crispé que frileux.

Titre original : Jappeloup

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Durée : 130 mn


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