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Into the Wild

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Un road-movie agréable mais qui souffre d´un traitement trop léger et d´un certain manque de profondeur. Dommage.

Christopher McCandless décide, après l’obtention de son diplôme, de réaliser un véritable périple initiatique pour rompre avec une famille désunie et fuir des parents intolérants. Ce voyage constitue littéralement une nouvelle naissance (le film est d’ailleurs découpé en quatre grands chapitres devant représenter les étapes de la re-naissance de l’acteur qui se rebaptise symboliquement « Supertramp »). Il le mènera des champs de blé du Dakota Sud et du désert enfiévré du Nevada aux étendues hostiles et enneigées de l’Alaska, lieu de recueillement ultime où notre héros atteindra une sorte d’état suprême. Chaque rencontre sera l’occasion d’évolutions et de situations le mettant face à son destin, avec en filigrane ce tissu familial difficile éclairé par de fréquents flash-back.

En décidant d’adapter à l’écran un des best-sellers de la littérature américaine, Into the wild de Jon Krakauer paru en 1998, Sean Penn, qui réalise ici son 4e long-métrage après the Indian Runner, Crossing Guard et The Pledge, n’échappe aux travers de la plupart des road movies. En insistant sur les paysages et le rapport à la nature, les personnages perdent en profondeur et la morale n’a plus que l’effet d’un facile sermon : « Il n’y a de vrai bonheur que partagé ». D’autant que l’abattage final pâtit d’une trop grande théâtralisation du discours et d’un manque d’humilité à l’image du héros : les ralentis et les gros plans parasitent l’image, la musique omniprésente étouffe le discours, la narration externe amplifie le pathos, et les personnages rencontrés sont à eux-seuls les parangons de figures éprouvées et stéréotypées : la famille hippie de substitution, le grand-père prosélyte toujours de substitution, le grand-frère généreux et altruiste encore et toujours de substitution, la petite-sœur de substitution délurée qu’il faut protéger. D’ailleurs, ce qui étonne, c’est que la marque laissée par Christopher dans le cœur des personnes rencontrées est clairement perceptible, tandis que son propre cœur semble imperméable aux adieux et séparations. En fait, les personnages s’égarent dans une trop grande prévisibilité des ressentis.

La photographie est belle et soignée – il faut saluer ici le travail d’Eric Gautier – et c’est peut-être le plus gros défaut de ce film puisque l’œil, endormi par ces images d’Epinal, ne capte plus les évolutions du personnage (mais y en-a-t-il ?). Certes, un léger vent de liberté fait frissonner le corps et l’envie de voyager hante l’esprit. Mais que ce trip égoïste post-adolescence est hermétique, et qu’il est difficile de cerner les tenants et les aboutissants de ce jeune homme incompris et pétri de faux idéalisme. D’autant que Sean Penn se fourvoie quelque peu dans une vision simpliste du voyage et de l’errance. Restent de beaux paysages de carte postale, des acteurs convaincants et un retour à l’état de nature salvateur rappelant qu’il existe autre chose que les agressions quotidiennes de la jungle urbaine post-moderne.

Finalement, l’ensemble manque de liant, d’introspection et, malgré les 2h30 du film, le goût qui reste n’est pas celui de la liberté mais bien de l’inachevé et du déjà-vu. Dommage.

Titre original : Into the Wild

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Durée : 145 mn


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