Il va pleuvoir sur Conakry

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Le premier long métrage du réalisateur guinéen frappe fort. Sans détour mais avec habileté, il s´attarde sur les tabous de la société. Une belle avancée pour le cinéma africain.

Il va pleuvoir sur Conakry. Il doit pleuvoir sur Conakry. Dans la capitale guinéenne, chacun espère l’averse salvatrice. La fin de la sécheresse. L’occasion est toute trouvée pour le pouvoir politique. Au lieu de communiquer l’heureux bulletin météo qu’il détient, le ministère des cultes préfère en tirer profit et renforcer l’influence de la religion sur la population. En échange d’une enveloppe bien garnie, estampillée « Mission pluie », l’imam Karamo est prié de provoquer la pluie. Lorsque le « miracle » a enfin lieu, la croyance regagne en légitimité. Jusqu’à ce que Bangali, caricaturiste au journal local et fils Karamo, découvre la supercherie et décide de la rendre publique.

Premier long-métrage de Cheick Fantamady Camara, Il va pleuvoir sur Conakry révèle une certitude : l’engagement de son auteur. Au-delà de l’habituelle dualité modernité/tradition que l’on peut retrouver dans la plupart des films sur l’Afrique, le récit s’appréhende ici comme une véritable toile. Un à un, les non-dits sont interrogés, les malaises disséqués et finalement dénoncés. Les personnages, tous reliés entre eux, se font les vecteurs de la pluralité du propos. Les dialogues s’articulent et se répondent avec une verve, certes pas toujours très naturelle ni très juste, mais clairement débridée. Evolution des mœurs, religion, fétichisme, sexualité, émancipation des femmes, autant de thèmes qui ponctuent l’histoire sans tomber dans « l’effet catalogue ».

Bangali et Karamo symbolisent deux époques, mais une seule Guinée. Bangali est jeune, amoureux de Kesso, sa collègue webmatrice et fille de son directeur de publication. Il est le fruit d’un métissage. Celui de la religion, inculquée par son père, et de la modernité, qu’il côtoie depuis l’université. Karamo, son père, s’ancre à la fois dans la religion et le fétichisme. L’évolution de la société commence à le dépasser, il en a conscience. Sous couvert de conflit de génération, de semblant d’opposition (comme le plan où Karamo et Bangali, filmés de profil, se font face autour d’une table), c’est en réalité de cohabitation dont parle Cheick Fantamady Camara. Bangali accepte de se plier à la religion, mais refuse de sacrifier sa carrière et son amour pour devenir imam. Alors que sur la table, la main de Karamo dépose son urne sacrée, tout près de son téléphone portable.

Cocktail tragi-comique, Il va pleuvoir sur Conakry recherche le réalisme. Sans grande originalité dans la mise en scène, le film prend vie à travers des dialogues taillés dans l’humour et la franchise. La grève sexuelle des épouses de Karamo, le rapide clin d’œil à l’homosexualité féminine ou la réplique anti-naturaliste « On ne naît pas religieux, on le devient », inspirée de celle de Simone de Beauvoir, témoignent de l’énergie révolutionnaire du film. A Conakry, la tragédie précède aussi le happy-end, le fétichisme dépasse parfois le religieux et l’accent est finalement mis sur l’espoir d’une cohabitation sereine, et tolérante.

L’an dernier, Si le vent soulève les sables de Marion Hansël, abordait le désœuvrement africain face à la sécheresse et à la guerre. Son intemporalité trahissait pourtant une vision ethnocentrée de l’Afrique. L’engagement politique était noble mais quelque peu maladroit. Avec Il va pleuvoir sur Conakry, Cheick Fantamady Camara jongle avec l’universel et le local, l’urbain et le rural, évitant habilement les malentendus.

La fresque guinéenne qu’il dessine à Conakry invite chaleureusement à la réflexion et ouvre la voie à un cinéma africain émancipé et réflexif.

Sortie le 30 avril 2008

Titre original : Il va pleuvoir sur Conakry

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Durée : 113 mn


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