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Honeyland

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L’amour partout. L’amour tout le temps.

Honeyland est le premier long métrage documentaire de deux habitués du genre : Tamara Kotevska et Ljubomir Stefanov. En effet l’une est réalisatrice indépendante de documentaires tandis que l’autre en a produit bon nombre pour divers organismes. Ils étaient déjà à l’origine du court-métrage Lake of Apples en 2017, qui mettait en lumière la conservation du lac Prespa dans leur pays natal. Et c’est fort de cette expérience qu’Honeyland voit le jour après trois ans de travail acharné dans l’une des régions les plus reculées de Macédoine. Décrochant trois prix au festival de Sundance, notamment celui de meilleur documentaire par le jury, et nommé à deux reprises aux Oscars, on peut dire que le film attire les regards et ce, avec raison.

 

Hatidze cultive le miel et est une des dernières de son pays à le faire de manière traditionnelle. Sans équipement dernier cri ni exploitation gigantesque, c’est en utilisant passion et respect qu’elle fait travailler ses abeilles sans jamais ne prendre d’elles plus que le strict nécessaire. Grâce à ses récoltes elle peut subvenir à ses besoins et ceux de sa mère malade dont elle s’occupe depuis son alitement qui dure depuis quelques années. Si les plans sur ces paysages rocheux et désertiques où rien ne semble pouvoir pousser nous laisse deviner l’ampleur de la tâche que cela représente, Hatidze elle ne s’en plaint pas. Elle se contente de faire ce qu’il faut faire, chaque jour après l’autre. Et quand une autre famille vient s’installer à côté d’elle, c’est sans rien demander qu’elle initie son nouveau voisin, ainsi que le fils aîné, à l’apiculture. Pourtant, rapidement les choses dégénèrent lorsqu’Hussein décide de ne plus l’écouter et de prendre tout le miel qu’il peut récolter afin de faire prospérer son élevage, quitte à faire dépérir les essaims ne lui appartenant pas. Et c’est comme cela que l’on oublie avec une rapidité déroutante le côté informatif de ce qu’on nous diffuse. Stefanov et Kotevska nous propose avant tout une histoire composée de manière classique avec une situation de départ, un élément perturbateur en la personne d’Hussein, un conflit avec les abeilles et enfin une résolution, que nous n’aborderons pas ici pour ne pas retirer ce plaisir aux futurs spectateurs. La narration brille par son intelligence et le métrage aux airs de fiction permet de séduire un public bien plus large.

Au delà de la construction narrative exploitée par le montage, il y a aussi celle de la direction photographique. Le documentaire peut clairement être divisé en deux parties et ce uniquement avec ce qui nous est présenté à l’image. Dès l’ouverture du métrage on nous plonge dans un bain de soleil avec une lumière chaude qui englobe absolument tout, des collines arides jusqu’aux rayons de miel cachés dans la pierre. C’est ainsi que l’on suit les déambulations quotidiennes d’Hatidze qui par son unique tenue fait ressembler le film à une longue journée, tout semble facile, évident. Cette chaleur transgresse l’écran et nous arrache un sourire béat qu’on se voit alors garder jusqu’au bout. Mais les choses finissent par se compliquer pour les deux familles et lorsque arrive le revers de la médaille, la chaleur disparaît immédiatement. Tout comme arrive l’hiver, le jaune s’évanouit pour laisser place au bleu. La luminosité est certes toujours aussi intense mais désormais froide, aveuglante, dure. Le sourire disparaît et bien vite ne reste alors qu’une immense solitude.

Le son est, contrairement à l’image, volontairement peu, voire pas, traité. Hormis une musique ajoutée au montage pour signifier et accompagner la fin du métrage, on se contente des échanges entre les protagonistes, livrant une bande sonore brute. En tant que spectateur on a l’impression de se tenir là, comme un témoin invisible, un personnage à part entière qui observe silencieusement le destin d’inconnus. La photographie et la narration ont été si habilement pensées qu’on a nul besoin de rajouter des séquences musicales pour susciter une émotion. Il est d’ailleurs agréable de sortir de ce mode de fonctionnement devenu norme pour la plupart des contenus vidéos. Les traitements habituels ne s’appliquant pas, Honeyland crée une sensation de renouveau, de plongée sans compromis dans une réalité qui dépasse les nôtres.

 

 

« Pourquoi es-tu partie ? Je me suis consumée mais jamais je ne t’aurais abandonnée. »

Le résultat final du documentaire est d’une puissance qu’il est impossible de ne pas le souligner. Outre sa technique, il se dégage d’Honeyland une humanité qui vous atteint le cœur et vous embarque sans même que vous ne l’ayez réalisé. Ce n’est pas tant un documentaire sur les abeilles qu’une réelle histoire d’amour. Entre une fille et sa mère. Entre une femme et le fils qu’elle n’aura jamais. Entre une cultivatrice et ses abeilles. L’amour est le maître mot, l’amour est la réponse.

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Durée : 86 mn


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