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Hitchcock

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Sans génie mais non sans malice, Sacha Gervasi retrace dans son premier long métrage la genèse du film le plus emblématique d’Alfred Hitchcock : « Psychose ».

1959. Le triomphe public et critique de La Mort aux trousses (1959) vaut à Alfred Hitchcock une forme de consécration, qui cependant le laisse insatisfait. Car qu’a-t-il fait d’autre dans ce divertissement habile qu’amplifier et perfectionner une formule de suspense, d’humour et d’itinérance, brodée autour de l’inusable thème du faux coupable, qu’il avait déjà abondamment déclinée le long de sa carrière (Les 39 marches, 1935 ; Jeune et Innocent, 1937 ; La Cinquième colonne, 1942 ; L’Inconnu du Nord-Express, 1951 ; et cætera) ?

Hitchcock approche alors la soixantaine. Sa notoriété n’a jamais été aussi forte. Or, là où tant d’autres réalisateurs se seraient complus dans la facilité, le « maître du suspense » ressent le besoin d’une remise en cause. Objectif : montrer aux autres et à lui-même qu’à son âge il est toujours créatif, capable de surprendre. Il achète les droits d’un roman tiré d’un fait divers sordide, tente de convaincre les studios de produire ce projet en dépit de sa dimension macabre a priori peu commerciale, et finalement se résout à financer sur ses propres deniers ce film qui sera d’un budget modeste, en noir et blanc, tourné par une équipe venue de la télévision – mais qui révolutionnera à jamais le genre du thriller et reste aujourd’hui encore son œuvre la plus connue à travers le monde : Psychose (1960).

La postérité cinématographique du film, réalisé il y a plus de cinquante ans, défie les tentatives d’énumération. Outre les nombreuses suites et citations (chez De Palma par exemple), rappelons l’existence d’un remake quasiment plan par plan réalisé par Gus Van Sant en 1998. Quoi qu’on pense de la réussite artistique de cette expérience, il s’agit d’un pur objet de cinéma, conceptuel et intriguant. On ne peut pas tout à fait en dire autant du film de Sacha Gervasi, lequel commence comme un épisode TV de Alfred Hitchcock Présente et s’achève de la même manière ironique et teintée d’humour noir, ce qui est bien dans le ton des bandes annonces d’époque de Psychose, mais non de Psychose lui-même. Ce choix donne la mesure de l’ambition réelle de ce Hitchcock, résolument en mode mineur.

 

De fait, pour le réalisateur et son scénariste John J. McLaughlin, il s’agit moins de mimer une quelconque virtuosité hitchcockienne ou de parler du film Psychose et de son importance dans l’Histoire du cinéma, que d’essayer de faire vivre à l’écran le personnage truculent et torturé d’Hitchcock, excellemment campé par Anthony Hopkins, ainsi que sa relation avec sa femme Alma, interprétée par une Helen Mirren elle aussi irréprochable, et même émouvante – au point qu’elle s’avère peut-être le vrai personnage central du film, son plus bel atout, bien plus que les sous-exploitées Scarlett Johansson et Jessica Biel (respectivement Janet Leigh et Vera Miles).

Toutefois, ce film soigné et un peu académique ne propose pas grand-chose de nouveau à se mettre sous la dent pour quiconque connaît un peu la vie et l’œuvre d’Hitchcock – lequel est tout de même, devant Kubrick et Welles, le cinéaste qui a fait couler le plus d’encre chez les critiques et biographes. À ce titre, le Alfred Hitchcock de Patrick McGilligan apportait récemment son lot de révélations bien plus étonnantes et rigoureusement certifiées que dans ce film.

Hitchcock a beau être plutôt divertissant, riche en clins d’œil savoureux, il ne dépasse le niveau d’un téléfilm de luxe que grâce à ses interprètes. À son crédit, il ne distord pas trop la réalité sous prétexte de racoler un public jeune, mais ne rend pas pour autant sensible l’extraordinaire nouveauté de ce film mythique, certes pas parfait mais en un sens mieux que ça, fascinant et inépuisable, incandescent sous sa matière granitique, hanté par une dualité qu’on ne retrouve guère ici  : à la fois film fabriqué, un peu mécanique, indéniablement efficace et film clandestin, journal intime travesti en film de genre, récit douloureux et tragique où sous les conventions de l’horreur saille plus intensément que jamais le pathétique hitchcockien (seul Sueurs froides, réalisé en 1958, l’égale peut-être dans cette mise à nu douloureuse et intime).

Bref, rien ne vaut une énième vision de l’original, par ailleurs disponible dans une édition DVD et Blu-ray de toute beauté.

Titre original : Hitchcock

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Durée : 108 min mn


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