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Henri-François Imbert à l’Espace Saint-Michel à partir du 11 mars 2009

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C´est tout simplement l´histoire d´un jeune homme qui prend une caméra pour mieux cerner le monde dans lequel il évolue. Le résultat est saisissant de stupeur et tout le tremblement des images ne peut que rivaliser avec le mot chef d´oeuvre. Imbert est le cinéaste du présent !

Quelques courts-métrages dont les titres évoquent le cinéma primitif des frères Lumières (Papa tond la pelouse, Maman fait du feu, Papa va faire une conférence à Lausanne), la direction d’une série docu sur Canal + (Chroniques de l’art brut), maître de conférences au Département Cinéma de l’Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis, une thèse sur le cinéaste documentariste Samba Félix Ndiaye. Et puis au milieu de tout cela, des perles, des images qui reflètent un travail sur la mémoire, sur l’identité, sur nous en somme. Le cinéma d’Imbert est une œuvre dont nous sommes les héros. Une interactivité conséquente qui tend la main pour ne plus la lâcher. Très vite happé par les flots épuisants de la vie, les quatre films de cet amoureux de l’Afrique ont le point commun de ne jamais sombrer dans le misérabilisme ou le tutoiement personnel. Voir un film d’Imbert, c’est se mettre en avant, ne plus craindre son prochain et caresser le doux sentiment d’être unique. Ce « je » cinématographique est empreint d’une poésie qui se démarque des documentaires lambda, permettant au regard, à ces yeux enfantins de dévorer tout ce qui bouge.

Sa toute première invitation se déroule Sur une plage de Belfast où les images courtes d’une séquence de vacances font ressurgir chez Imbert son côté Sherlock Holmes. Travail d’investigation qui le mènera en Irlande où le réalisateur pourra enfin rencontrer ceux qu’on a enregistré sur ces bouts de pellicule super-8. Déjà, le cinéma d’Imbert se trouve dans ce film court, son souci de méticulosité, ses pauses narratives où le tournoiement de l’âme fait écho avec la lenteur du quotidien et surtout cette envie de comprendre l’origine du monde. Dans Doulaye, Imbert part à la recherche d’un ami de son père, un africain. La raison est toute trouvée pour ce fou de l’aventure, qui va dénicher, fouiller, aller de l’avant et réaliser un film en mouvement. Son cinéma est politique dans le sens où il préfère apprendre que de transmettre. L’expérience est certes troublante mais elle est révélatrice d’un sérieux travail d’historien de l’âme : « J’avais envie d’aller en Afrique pour apprendre quelque chose. J’avais envie d’inverser cette espèce de voyage migratoire des jeunes africains qui viennent chez nous pour apprendre. Je pensais que c’était important de voir si nous n’avons pas quelque chose à apprendre de l’Afrique. La plupart des gens voyagent en Afrique comme coopérants ou experts pour des ONG et ils sont toujours en position d’assister les africains. Ou alors ils y vont comme touristes et alors là, ils sont dans une position très ambiguë du riche chez les pauvres. Le seul moyen, c’est d’aller en Afrique pour faire son travail à soi, tout seul. Donc, c’est accepter de se perdre. Ca c’est politique ! Je réponds à votre question sur le politique. C’est ma façon d’aborder le politique. » (Extrait Kinok.com)

Dans son troisième film, No Pasaran, album souvenir, Imbert va confronter sa propre histoire à celle du 20e siècle. Il faut absolument voir ce film remarquable de sobriété et de pureté. En tombant par hasard (une configuration classique chez Imbert) sur des vielles cartes postales appartenues à ses grands-parents, Imbert va très vite faire le rapprochement entre les Républicains espagnols et les camps de concentration d’Argelès-sur-Mer en 1939. Il n’y a pratiquement plus de mots pour décrire la finition experte de cet artisan qui va, en quelques plans, en quelques sons, définir une cruauté, celle qui réussit à se renouveler : l’intolérance.

Ultime film, Le Temps des amoureuses est un mystère. Notre rédactrice, Thavary Mam, en le voyant, constate que ce film de souvenirs est "bien loin du charme de la madeleine de Proust car ici, la charge émotionnelle ressentie par le réalisateur et l’ancien acteur est malheureusement bien maigrelette, voire inexistante, de l’autre côté de l’écran". Nous privilégions la parole, l’échange et le respect mutuel au sein de notre rédaction. Si nous décidons de mettre cet article négatif en valeur, c’est pour mieux de cerner les envies des uns et des autres. De l’autre côté de ce miroir cinématographique, je suis celui qui ait trouvé, au contraire, que ce dernier film regorge d’un désir de la part du cinéaste de s’interroger sur son « moi ». Il y réussit pleinement car il se mets toujours – et intelligemment – en retrait du plan. En sondant ses souvenirs personnels, Imbert valorise une certaine idée de la cinéphile et par la même occasion, de la mémoire.

Que faire ? (re) voir ses films qui nous plongent dans une intimité particulière : la nôtre !


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